Volume 10, numéro 5 — Mai 2010

Les Colocs

Dédé, un artiste rassembleur

Dix années se sont écoulées depuis que Dédé Fortin s'est fait hara-kiri.

Le chanteur des Colocs, Dédé Fortin, était un artiste rassembleur. Rares sont ceux qui rallient la critique et le grand public, les jeunes et les vieux, les démunis comme les nantis. C'est d'ailleurs le public qui a forcé les radios commerciales à faire tourner «Julie», dont le swing vaguement ragtime ne cadrait pas avec le format de leur programmation, selon le journaliste culturel Patrick Gauthier.

Avec le deuxième extrait du premier disque, Les Colocs poussaient leur démarche un cran plus loin. Malgré sa facture humoristique, «La Rue Principale» se voulait une véritable dénonciation de l'urbanisation. On peut danser et réfléchir en même temps, disait Dédé Fortin. Le décalage entre le contenant, festif, et le contenu, sérieux, allaient marquer l'œuvre des Colocs.

Pourtant, Les Colocs n'ont jamais réussi à se défaire totalement de l'étiquette de groupe festif, et ce, même si, la première chanson du premier album raconte l'histoire d'un garçon maltraité par ses parents. Dès le premier disque, j'ai visé quelque chose qui ressemblerait à la musique sud-américaine, qui peut aborder des thèmes sérieux tout en ayant des rythmes dansants. Bien que le reggae ait beaucoup de rythme, disait Fortin, ça n'a jamais empêché les auteurs de s'exprimer.

Dans la chanson «Belzébuth», Dédé, le fidèle insoumis, parle à travers le chat: Je suis jaloux très secrètement de la profondeur des malheureux. Le thème de la première chanson recoupe celui de la dernière, «Dehors Novembre»: Pat croyait à la réincarnation. Il avait une spiritualité, contrairement aux gens que je fréquentais à Montréal. La mort, pour lui, signifiait le début d'une nouvelle vie. Il voulait faire de bonnes actions avant de mourir.

La chanson-titre de l'album Dehors Novembre, écrite au «je», a toujours été ambiguë pour l'auditeur attentif: J'avais le réflexe de me mettre à sa place [Patrick Esposito di Napoli, mort du Sida en novembre 1994], c'est l'angle que j'ai adopté spontanément, je trouvais ça gênait au début. En même temps, ce n'est pas son point de vue, c'est ma perception. Il avait un espoir, mon point de vue était différent.

Patrick Esposito di Napoli

L'harmonica n'est pas éternel, c'est pas un violon. Pat était le seul qui jetait ses instruments. J'ai été frappé par cette image. On sait qu'il va partir, mais en plus, son instrument meurt. Je me suis dit, il faut que son instrument meure avec lui. Après la mort de pat, il fallait continuer à faire des spectacles. Son départ à forcer le groupe à changer un peu de style. Pat, c'était Pat, on ne cherchait pas à le remplacer.

Pat avait accepté le sort que lui réservait sa maladie, selon Fortin. Il vivait pleinement, tout en sachant que ça allait arriver. On a le réflexe de repousser la mort, ça m'amène des grandes questions, j'ai pas de réponse, mais je ne peux pas m'empêcher de ressortir ça dans mes chansons.

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