Volume 10, numéro 5 — Mai 2010

Les Colocs

L'instinct de mort de Dédé Fortin

C'est dans la nuit du 8 au 9 mai 2000 qu'il est allé au bout de son instinct de mort en s'éventrait lui-même.

Son gérant, Raymond Paquin, l'avait croisé la veille de son suicide. Fortin l'avait rassuré. Ça ne lui ressemblait pas. Il n'était jamais aussi dangereux pour lui-même et pour les autres que lorsqu'il paraissait raisonnable. Paquin avait l'impression de l'avoir laissé seul au bord de la catastrophe.

Le 10 mai à 14h50, il faisait le pied de grue devant l'escalier qui menait au logement de Fortin, en attendant les autres: Je devinais qu'il s'était fait hara-kiri et je m'en voulais à mort de ne pas l'avoir traîné de force à l'hôpital quand il s'était mis à délirer […] avec les mots de Mishima, de Lautréamont, de Cioran et des autres faux prêtres qui avaient documenté sa longue descente aux enfers.

Il est resté au pied de l'escalier lorsque Mike, Sélanie et Normando se sont immiscés par la fenêtre qui donnait sur le balcon arrière de l'appartement: Je ne sais plus lequel de nous quatre a fait le 911, mais je n'oublierai jamais que le car de reportage de TQS était là avant la police.

En moins de dix minutes, la nouvelle avait fait le tour du Québec. La famille et les amis de Dédé apprirent en même temps que tout le monde qu'il s'était suicidé à l'“arme blanche” et qu'il avait “probablement beaucoup souffert avant de mourir”.

La thèse du meurtre

Le policier n'avait jamais vu ça de sa vie. La seule explication plausible, selon un enquêteur, était qu'il avait dû pointer la lame sur son ventre et carrément foncer dans le mur. Mais cela n'expliquait pas le couteau taché dans l'évier, les lacérations au cou, les ecchymoses, le sang partout. Le gérant des Colocs était persuadé qu'il s'agissait bel et bien d'un suicide: Il couvait un instinct de mort que les événements de sa vie et la lecture de Mishima avaient lentement cristallisé.

À peine trente minutes après la découverte du cadavre, un animateur de l'émission culturelle Flash a lancé en ondes que le chanteur des Colocs venait d'être assassiné chez lui. Pratiquement aucun autre journaliste n'a jamais considéré sérieusement la thèse du meurtre.

La dernière fois que Paquin a vu son protégé vivant, Dédé était désemparé. Ça faisait un bout de temps qu'il ne filait pas, mais là, c'était pire que tout. Il l'avait invité à souper. C'est ce que je faisais toutes les fois qu'il ne filait pas: il venait chez nous, mangeait comme s'il pesait 400 livres. Je tentais alors de lui remonter le moral.

Dédé cherchait une issue de secours. On aimait croire que ses chansons lui servaient d'exutoire pour ses angoisses, que chaque texte, chaque spectacle, l'empêchait de sombrer dans la détresse, le désarroi. Lors de son oraison funèbre, Richard Desjardins a chanté a cappella «Mon cœur est un oiseau».

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