Volume 10, numéro 5 — Mai 2010

Les Colocs

L'immensité du vide

Au tournant du millénaire, Les Colocs avaient le vent dans les voiles.

Leur troisième album avait reçu un accueil unanime de la critique et du public. Dédé était au sommet de son art. Il vivait intensément. Il était en constante ébullition. Dédé buvait très peu, ne faisait pas de drogues dures et fumait son joint de temps en temps. Il se nourrissait d'autre chose, estime son gérant, Raymond Paquin. Il se nourrissait de sa musique et du contact avec ses admirateurs. Quand il jouait, c'était pour des heures. Il perdait dix ou douze livres par show.

Dédé était honnête, désintéressé et généreux. Il ne cherchait pas le trouble, selon Paquin, ce qui ne veut pas dire qu'il ne le trouvait pas. Il prêtait sa carte de débit et ma carte de Bell à tout le monde. Il était gentil, amène et plein de charme. Les mères l'aimaient presque autant que leurs filles. Il avait de la gueule, des couilles et du talent.

Fortin était un artiste intègre. Selon le journaliste Yves Leclerc, il se fichait du vedettariat: On ne le voyait pas vendre son âme ou faire le pitre dans les émissions de variétés.

Il était le porte-étendard d'une génération. Il traduisait dans ses textes le désarroi de ceux qui trouvent que la planète ne tourne pas rond. On croyait, à tort, que ses chansons lui permettaient d'évacuer sa détresse. Mais… Plus il creusait, dit Paquin, plus il allait profondément, plus il se rendait compte de l'immensité de son vide.

Selon le rapport d'investigation du coroner, René-Maurice Bélanger, Dédé, qui a consulté un psychologue le jour de sa mort, était tourmenté par plusieurs choses, dont sa popularité, sa créativité, son instabilité amoureuse. Le psychologue n'aurait pas été en mesure de déceler la profonde dépression dans laquelle était plongée l'artiste.

Pourtant, on a retrouvé du sang partout et un couteau taché dans l'évier dans son appartement de la rue Rachel. Fortin avait des marques de violence sur tout le corps, des lacérations au cou, des ecchymoses et un couteau planté dans les entrailles.

Dédé Fortin (Musique Plus)

Il faut dire que Dédé Fortin n'en était pas à un paradoxe près. Celui dont le groupe est issu de la marginalité n'a jamais eu l'impression de faire partie de la scène alternative: Dans les convictions, j'étais incapable de m'identifier au désespoir de l'attitude no future. […] L'idée du bonheur, c'est une illusion, c'est un paquet de plaisir additionné qui donne envie de vivre intensément. C'est une chose à laquelle je tiens spontanément.

Selon son gérant, Dédé s'est réfugié un temps dans la poésie. Il s'est finalement enfermé dans sa tête avec Laborit, Mishima et les autres: Il s'est imprégné d'eux au point de ne plus faire la part des choses. Puis il a lentement sombré dans la folie en emportant dans la mort son œuvre inachevée et la vraie raison de sa fuite.

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