Volume 10, numéro 1 — Janvier 2010

Culture

La vie, la mort et les nattes de lion

Nous reprenons en 2010 notre série d'articles portant sur les relations entre la culture et la musique populaire. Nous traiterons entre autres des rudeboys, des mods, des skinheads et des punks. Mais d'abord, voici la suite du texte concernant le mouvement rastafari.

Au XXe siècle, la religion affirme une domination culturelle quasi-absolue sur la société jamaïcaine. Les enfants sont initiés au catéchisme et à la musique gospel dans les églises.

Selon le vœu des Nazirs (Nombres VI, 5), l'allégeance au tout-puissant se vit en se séparant du monde, en n'approchant les cadavres, en ne consommant pas d'animaux ni de fruits de la vigne et en se laissant pousser les cheveux (Nombres VI, 1, 5). Lorsqu'ils sont crépus, les mèches non coiffées se transforment en nattes naturelles: les «dreadlocks» un trait de reconnaissance des Rastas.

Beaucoup ne se coupent ni la barbe ni les cheveux, une coiffure comparée à la crinière du lion sacré de Juda. Les «mèches d'épouvante» permettent d'identifier au premier coup d'œil les Rastas, pour qui les «bald heads» (chauves) ne sont que des païens, des suppôts de Babylone. Après tout, à l'époque de Samson, du roi David, de Moïse et de Jésus, le seul chauve était le pharaon!

Tous les «dreads» jamaïcains ne sont pas forcément Rastas, et inversement, certains «bald heads» se disent Rastas dans le cœur. La coiffure dreadlocks deviendra une mode internationale à partir de 1976, lorsque Bob Marley popularisera la musique reggae.

La crinière du lion de Juda n'est pas portée par tous les Rastas, comme les comb-some qui se coiffent, ou Toots Hibbert (The Maytals), par exemple, un Rasta qui fut associé au mouvement skinhead britannique et qui porte les cheveux courts par commodité. À Kingston, des loups se font passer pour des moutons en portant les dreadlocks afin de se faire passer pour des Rastas, et ce, à des fins parfois malhonnêtes.

En principe proche de la terre, les Rastas ne sont pas censés boire de vin, l'alcool étant proscrit (Nombres VI, 3), mais la bière nationale, la Red Stripe glacée, en fait fauter plusieurs!

Ils ne touchent pas aux morts, sauf ceux de leur proche famille (Lévitique XXI, 1), et le corps humain est considéré comme l'église (Corinthiens III, 16 et XVII), rejetée comme principe à l'instar des temples. Beaucoup de Rastas ne font même jamais allusion à la mort, mais au contraire chantent la vie, selon Bruno Blum (2004, p. 47), auteur d'un livre sur le reggae et les Rastas. C'est probablement pour cette raison d'ailleurs que Peter Tosh ne s'est pas rendu aux obsèques nationales de son ami Bob Marley. En principe végétariens (Génèse I, 29), ils mangent des poissons grillés (un met très cher en Jamaïque) à l'occasion et refusent théoriquement toute nourriture non biologique.

Cela dit, d'autres interprétations des Psaumes et de l'Apocalypse varient dans les différentes branches du mouvement.

La suite dans le prochain numéro.

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