Volume 8, numéro 12 — Décembre 2008

Culture

Prophétie de la rédemption

En Jamaïque, au XXe siècle, la religion affirme une domination culturelle quasi absolue sur la société. Il est essentiel, pour comprendre quoi que ce soit au reggae, de connaître cet aspect de la culture jamaïcaine.

Marcus Mosiah Garvey (Photo: Library of Congress)

Comme la plupart des artistes reggae, Bob Marley a chanté le gospel dans les églises pentecôtistes avec sa mère, qui a d'ailleurs enregistré un album de ce style. Bob a lui-même enregistré et publié plusieurs chansons gospel, dont «Let the Lord be Seen in You» (Bob Marley & the Spiritual Sisters, 1964) chez Tabernacle Records.

Entre l'abolition de l'esclavage (1838) et l'indépendance (1962), la Jamaïque, cette île de l'empire britannique, voit l'occupation coloniale se métamorphoser en domination ultra-libérale. Fervents religieux, maintenus dans l'ignorance et exploités plus que jamais, les Afro-jamaïcains vivent dans la misère. La fin de l'esclavagisme leur retire la nourriture et le toit que leur fournissaient les maîtres.

Marcus Garvey

Dans un contexte raciste aliénant, des communautés marginales et des confréries évangéliques, hostiles à la domination anglaise et à la religion anglicane, s'organisent discrètement. Certains de ces groupes rêvent de l'Afrique perdue. On les appelle les groupes éthiopianistes, car à cette époque, le nom Éthiopie désigne encore tout le continent africain.

Bientôt, l'imprimeur syndicaliste Marcus Mosiah Garvey essaie de rallier la résistance à la domination blanche, mais son message est ignoré lorsqu'il n'est pas simplement rejeté. Garvey quitte alors la Jamaïque pour les États-Unis. Dès la fin de la Première Guerre mondiale, ce Jamaïcain devient le premier grand leader afro-américain de l'histoire. Orateur de choc, il exulte les foules.

En Europe, l'extrême droite prend le pouvoir dans plusieurs pays: Italie, Allemagne, Espagne, Portugal… Malgré de nouveaux mouvements artistiques (dadaïsme, surréalisme) et de nouvelles idéologies (socialisme, marxisme), l'ambiance est partout réactionnaire, y compris aux États-Unis, où règnent la ségrégation raciale et la domination cruelle des Blancs: Dans ce contexte colonial, monarchiste, conservateur et anticommuniste, l'idéologie radicale du nationalisme noir de Garvey semble logique, selon l'auteur Bruno Blum. Son combat est juste et il est pour lui d'abord racial.

Porte-étendard du message rebelle qui se transmettra avec le reggae, Garvey, l'enfant du pays, est perçu comme le libérateur de la diaspora des déportés: Comme le mouvement sioniste juif en plein développement à la même époque, Garvey estime que son peuple ne s'intégrera jamais aux autres.

Marcus Garvey prône le rapatriement des Afro-américains à la terre de leurs ancêtres, l'Éthiopie, de la même façon que les Sionistes préconisent le retour à la terre promise d'Israël. Garvey exhorte les Noirs du monde à l'unité totale et à une forme de séparatisme (racial, religieux et social) en réponse au racisme absolu qui l'entoure.

Le militantisme de Garvey annonce la naissance d'un mouvement nationaliste noir et l'aube d'un nouveau courant spirituel pour certains rebelles afrocentristes jamaïcains hostiles aux religions chrétiennes coloniales.

Considéré comme un prophète par les Rastas, Marcus Garvey fut proclamé héros national par le gouvernement jamaïcain en 1694, 24 ans après sa mort survenue à Londres où il a été enterré.

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