Volume 7, numéro 12 — Décembre 2007

The Specials

Entrevue avec le créateur de 2 Tone (troisième partie)

Le compositeur et la claviériste Jerry Dammers raconte comment il a formé, durant la recrudescence du mouvement mod et skinhead des années soixante-dix, le groupe Coventry Automatics, aussi connu sous le nom The Specials

Au collège d'art de Coventry, j'ai décidé de reporter mes ambitions musicales jusqu'à ce que je finisse mes cours. J'ai fait une peinture inspirée d'une vieille toile représentant le Révolution française, mais en remplaçant les révolutionnaires par des voyous des matchs de football. L'idée derrière tout ça était de dire: en France, ils ont eu une révolution, en Angleterre, la jeunesse issue de la classe ouvrière n'a rien d'autre à faire que se taper sur la tête les uns les autres. Je trouve cette toile encore amusante aujourd'hui.

Ensuite, j'ai abandonné la peinture — où cela pouvait-il allait après un chef d'œuvre pareil? — et je me suis lancé dans les films d'animation. La trame sonore de l'un de ces films était une pièce reggae sur laquelle jouait Horace Panter. Alors j'imagine qu'on peut dire que cette piste sonore est le premier enregistrement des Specials et de 2 Tone.

J'ai fait ma part dans un grand nombre de groupes de blousons noirs, dont Ricky Nugent And The Loiterers et The Ray King Soul Band, avec Neol Davies. Nous faisions des reprises de Hot Chocolate et des versions reggae et funk à moitié décente, mais Ray voulait garder ça commercial.

Pour de la bière, j'ai même joué du western avec Lane Travis Country Trio. Nous portions des habits bleu ciel et un chapeau Stetson. Je suis devenu frustré de la scène musicale de Coventry et j'ai fait partie d'un groupe funk et soul de Birmingham, The Cissy Stone Band. Avant que je joigne le groupe, il avait gagné le prix New Faces, couronnant le gagnant d'un concours organisé par une émission de télévision — avant aussi que les palmarès soient tellement manipulés qu'il puisse offrir un numéro un comme premier prix!

«En France, ils ont eu une révolution… En Angleterre, la jeunesse issue de la classe ouvrière n'a rien d'autre à faire que se taper sur la tête les uns les autres.»

Jerry Dammers

J'ai poussé plus loin l'exploration dans les clubs reggae et de funk de Birmingham et de Bristol. À côté de la minuscule poignée d'étudiants «anti-art», l'autre scène qui a défriché le style punk était la scène funk de Bristol, et jusqu'à un certain point, celle de Birmingham. Les endroits les plus notoires étaient le Lacy Lady et le Goldmine de Canvey Island, où je ne suis jamais allé cependant.

Durant cette époque, entre 1975 et 1976, je portais des habits élégants et des costumes longs d'inspiration jazz. J'ai entendu une histoire à Birmingham au sujet d'un type que fréquentaient les bars avec un rat vivant sur l'épaule. C'était l'accessoire à la mode le plus fascinant depuis les chapeaux à la Robin des bois que portaient les vieux mods et les jeunes skinheads.

Bien que la mode vestimentaire soit loin d'être une science exacte, voir les punks vêtus avec des habits deux tons créait une vision étrange, telle une rediffusion extrême de ce qui se passait dans cette petite scène de 1973 à 1977.

Dans cet univers largement dominé par les reprises et les versions, on aurait dit que seule la vieille garde, celle qui avait déjà réussi, avait le privilège de composer des chansons originales, à l'exception peut-être de ce qu'on appelait le pub-rock.

La chanson «Not If It Please Me», de Graham Parker & The Rumours, m'a convaincu que je pouvais réaliser mon rêve de fonder un groupe. J'ai commencé à enregistrer quelques démos de mes chansons avec Neol Davies et Horace Panter.

Même si ces chansons étaient plutôt funky, The Cissy Stone Band ne les auraient pas interprétées. Évidemment, lorsque le punk a émergé, je me suis dit que le temps était venu: finalement, ma génération avait trouvé une voie.

Je me sentais un peu comme Kevin Rowland, qui hurlait «ça devrait être moi» avec son groupe punk The Killjoys. Incité par une bande de punks devant la scène un soir, j'ai commencé à frapper mon clavier avec mes coudes et je me suis fait virer du Cissy Stone Band.

Le temps était venu de cesser de faire de reprises. J'en étais convaincu. Alors j'ai décidé de former un groupe pour faire mes propres chansons, comme j'avais toujours envisagé de le faire depuis mes débuts en musique.

À cette époque, j'ai aussi joué du clavier dans le premier groupe reggae de Coventry, Hard Top 22, la plupart des musiciens de ce groupe étant plus tard devenu The Selecter.

J'ai formé The Coventry Automatics en commençant par convaincre Horace Panter et Lynval Golding, qui n'était pas certain de vouloir joindre la formation au départ. J'ai aussi recruté le guitariste Neol Davies, qui a plus tard formé The Selecter, le batteur Silverton Hutchinson et un chanteur nommé Tim Strickland. Graduellement, la distribution a changé, Davies et Strickland ayant été remplacés par Roddy Radiation et Terry Hall.

Après plusieurs représentations à Coventry, je me suis débrouillé pour obtenir notre première tournée avec The Clash.

Durant cette tournée nationale, la scène punk se métamorphosait en recrudescence du mouvement mod et skinhead. Il y a eu de la perturbation lors d'un concert à Bracknell, lorsque le chanteur de Suicide, l'autre groupe d'ouverture, s'est fait battre.

Aussi insensé que cela puisse paraître, j'ai pensé que, s'il y avait une reviviscence du mouvement skinhead, il nous fallait trouver une façon de l'influencer autant que nous pouvions afin de nous assurer que cette recrudescence ne soit pas aussi raciste que la première mouture skinhead, au début des années soixante-dix.

The Specials

C'est là que le vrai concept des Specials est né.

Quelle était la chose la plus positive dont je me souvenais au sujet des premiers skinheads? Le early reggae et le rocksteady, évidemment!

Je savais, d'une certaine façon, qu'il était temps de mettre en œuvre les idées politiques auxquelles je réfléchissais depuis toutes ces années, et avec un peu de chance, d'avoir du bon temps en le faisant.

J'espérais que nous allions porter le message aux gens qui avaient besoin de l'entendre.

La suite dans le prochain numéro…

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