Volume 7, numéro 10 — Octobre 2007

The Specials

L'histoire des Specials clarifiée par le créateur de 2 Tone

Le claviériste et le compositeur Jerry Dammers clarifie l'histoire des Specials, notamment les circonstances qui ont conduit à la séparation du groupe de Coventry à l'origine du mouvement mod-ska. Skarlatine lui cède la parole…

Beaucoup de choses se sont écrites à propos des débuts et de la fin des Specials et de 2 Tone, qui ne correspondent pas, comment pourrais-je dire, à la façon dont je m'en rappèle. On m'a souvent demandé de raconter l'histoire de mon point de vue, alors allons-y, et j'espère que vous allez trouver cela intéressant…

Jerry Dammers

Je ne veux pas terminer sur une note négative, alors commençons par la séparation du groupe. J'étais en désaccord au sujet de la gestion et de la compagnie de disques [Chrysalis]. Ils voulaient tout faire à la méthode rock, mais je ne voyais pas les Specials comme un groupe rock.

Je pensais que — hormis quelques concerts prestigieux — fournir des efforts d'un bout à l'autre de l'Amérique épuisait tout le monde et que c'était plutôt une perte de temps à cette étape de notre carrière.

Les Américains savaient à peine ce qu'était le reggae et n'avaient pratiquement aucune culture rétro. Dix ans plus tard, peut-être, aurions-nous pu obtenir du succès en Amérique, mais à ce moment-là, nous aurions pu venir d'une autre planète que cela aurait été du pareil au même!

En raison de la façon dont nous étions habillés, le type chargé de nous prendre en minibus lorsque nous sommes arrivés — pour frapper le continent tel un ouragan! — a discrètement demandé au gérant si nous étions les patients d'un hôpital psychiatrique…

Je voulais continuer de travailler sur des aspects créatifs en studio liés à la composition de nouvelle musique. Nous aurions pu reporter ce séjour en Amérique lorsque nous aurions été prêts.

On lit parfois que les Fun Boy Three n'arrivaient pas à faire leurs chansons avec The Specials. Pourtant, du plus loin que je me souvienne, nous avons fait toutes les chansons qu'ils ont écrites pour le groupe: «Rude Boys Outa Jails», de Neville Staple; «Friday Night, Saturday Morning», de Terry Hall; «Do Nothing» et «Why» de Lynval Golding.

Je les ai aidés pour les orchestrations. J'ai même contribué à l'écriture des chansons de Golding, et ce, sans le moindre crédit. Je les ai tous encouragés activement. Au moment de la séparation, l'idée générale était que tout le monde prenne une pause, se repose et compose de nouvelles chansons pour The Specials.

Je pense que Staple voulait plus d'espace créatif pour le toasting et des chansons solo, et cela me convenait, mais je ne pensais pas que Hall fût heureux avec cette idée.

Je pensais que certaines chansons de Roddy Radiation étaient excellentes pour le groupe alors que d'autres l'étaient moins, et je ne me rappèle guère que personne ait été en désaccord avec moi à ce sujet. Lorsque le groupe s'est scindé, Roddy ne faisait partie d'aucun camp. En fait, je n'ai jamais trouvé une explication satisfaisante au départ des Fun Boy Three.

Peut-être étais-ce à cause de la jeunesse de Terry Hall et de son inexpérience relative? Après tout, il ne chantait pas depuis longtemps avant de joindre The Specials. Et Staple était passé directement de roadie au plateau de l'émission Top of the pops!

Peut-être est-ce à cause de toutes ces raisons qu'ils n'aient jamais vraiment apprécié ce que nous avions, je ne sais pas… Tout ce que je sais, c'est que quelque chose que j'avais mis seize ans à construire était finie.

À un autre niveau, je pense que la véritable raison est qu'il aurait été difficile de garder unis tous les membres indéfiniment à cause de leurs personnalités plutôt radicales. Par surcroît, il y avait aussi toutes sortes de forces externes, imperceptibles, mais sournoises.

Sans le réaliser, nous étions en train de saper la structure de l'industrie musicale, qui est encore plutôt cloisonnée. La musique de Noirs est universelle, alors que la musique rock est plus exclusive, en s'adressant principalement à un public de Blancs.

Ça ne fonctionne pas exactement de la même façon d'un côté ou de l'autre, peut-être parce que le rock n'a jamais réellement emprunté les rythmes africains interprétés par les Antillais, que Professor Longhair a introduit au blues lorsqu'il a inventé le funk à New Orleans dans les années cinquante. Mais c'est une tout autre histoire, alors revenons aux commencements des Specials et de 2 Tone.

La suite dans le prochain numéro…

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