Volume 7, numéro 1 — Janvier 2007

The Specials

Épisode 1 : Gangsters

1978, Coventry (Angleterre) — C'était la fin de l'ère punk, et le temps pour du changement, le moment propice à l'entrée en scène de la formation The Specials, avec son mélange contagieux de ska, de reggae et de punk rockLynval Golding raconte l'histoire derrière le premier disque du groupe.

Après la tournée On Parole en première partie du groupe punk The Clash, nous avons demandé au manager du groupe, Bernie Rhodes, s'il avait des projets pour nous, s'il avait l'intention de s'occuper de notre carrière. Il a répondu par l'affirmative. Il a décidé de nous sortir de l'Angleterre et de nous envoyer à Paris, en France, pour nous endurcir, car il pensait que nous n'étions pas encore prêts.

Il a loué une fourgonnette. Nous avons chargé l'équipement, et il nous a conduits à Dover. Nous pensions qu'il venait avec nous, bien qu'il fût accompagné de son bras droit, un type nommé Mickey Foot. De toute façon, nous sommes débarqués à Dover et il nous a dit de décharger le véhicule. Nous trouvions cela étrange, mais nous avons quand même exécuté les instructions. Il a pointé quelques chariots à bagage et nous a dit de prendre tout l'équipement et de le placer sur ces chariots.

The Coventry Automatics

The Coventry Automatics — (à partir de la gauche) Silverton Hutchison, batterie; Terry Hall, voix; Horace Panter, basse; Roddy Byers, guitare; Jerry Dammers, claviers; Lynval Golding, guitare; Neville Staple, toasting.

Ensuite, il a remis de l'argent à Mickey Foot et nous a dit au revoir, puis est retourné à Londres, nous laissant à Dover avec le matos. Nous avons poussé l'équipement sur la rampe du traversier, et c'est tout.

Nous avons traversé la Manche pour nous retrouver face à notre premier problème, et c'est là que l'aventure a vraiment commencé! Une fois arrivés à Calais, nous sommes débarqués du ferry, avec nos passeports. Toutefois, Silverton, notre premier batteur, était originaire des Barbades. Il avait donc un passeport des Barbades. Les Français n'en voulaient pas, car il n'avait pas de permis de travail. Ils l'ont renvoyé directement en Angleterre. Il est allé à Londres, s'est procuré un permis de travail puis est venu nous rejoindre à Paris.

Entre-temps, nous avions toutefois rencontré ce type avec qui Bernie s'était entendu pour nous accueillir et pour transporter l'équipement. Il est arrivé avec une fourgonnette minuscule de marque Interflora. Il n'y avait aucune façon d'entrer tout l'attirail et tous les membres du groupe dans cette mini-fourgonnette. Nous en sommes venus à la conclusion que certains d'entre nous allions devoir faire de l'auto-stop jusqu'à Paris.

J'ai regardé autour et j'ai pensé — étant ma première expérience en France — que la majorité des gens étaient de race blanche, et qu'un Noir comme moi n'avait aucune chance de se rendre à Paris en faisant de l'auto-stop. Moi et Neville avons échangé un regard perplexe. Nous étions persuadés que personne n'allait nous prendre. Nous avons pensé que la France avait le même genre de problèmes raciaux que nous éprouvions en Angleterre. Ainsi, moi et Neville sommes parvenus à nous faufiler à l'intérieur de la fourgonnette, sous la batterie et les amplificateurs, en direction de Paris.

Alors, Terry, Roddy, Jerry et Horace ont fait de l'auto-stop. Je pense que Terry ou l'un d'entre eux s'est fait conduire en Rolls-Royce! Pouvez-vous imaginer un seul instant un gars comme moi ou Neville se faire conduire en Rolls-Royce! Peu importe: nous sommes tous arrivés à Paris. Nous avons réservé nos chambres et nous nous sommes installés à l'hôtel.

Je pense que Silverton s'est pointé deux jours plus tard. C'est sans importance, puisque nous étions enfin prêts à nous produire à ce club, où nous avions prévu donner plusieurs spectacles. Puis, cette femme est arrivée, une femme ravissante. Elle a frappé à la porte. Êtes-vous d'Angleterre?, a-t-elle demandé. Oui, avons-nous répondu. Eh bien, le dernier groupe d'Angleterre qui a séjourné ici a endommagé mon hôtel. Nous avons conclu que cela augurait bien mal, mais nous ne réalisions pas encore à quel point… Le groupe auquel faisait allusion la tenancière était The Damned!

Deux autres types sont entrés sans prévenir. J'avais ma guitare, je me prélassais en grattant quelques accords et en chantant quelques chansons amusantes. L'un des hommes a pris ma guitare et celle de Roddy. La femme a dit que nous allions payer pour le grabuge du dernier groupe. Que si nous refusions de payer, nous ne reverrions plus les guitares. Nous pensions que c'était une mauvaise blague, mais la femme était sérieuse: Pas de dédommagements, pas de guitares. Ça m'a rendu furax: c'était la crème de la guitare, ma Telecaster, fabriqué par Fender. Cette guitare signifiait tout pour moi. J'avais dû me battre pour l'obtenir.

Il y a eu une grosse dispute. On nous a poussés au bas de l'escalier, et la femme a décidé de nous expulser de l'hôtel. Nous sommes descendus dans le hall et l'échange s'est poursuivi jusqu'à ce que la porte vitrée de l'hôtel ne vole en éclats. La police est arrivée. Anglais, Jamaïcains, ont-ils crié. Les policiers n'ont démontré aucun intérêt, ils ne voulaient rien savoir, ils fumaient leurs cigarettes.

Le promoteur du spectacle est arrivé et a commencé à discuter avec la femme. Il nous a demandé d'aller au club. Nous avons mis dix minutes à nous y rendre à pied — durant tout le trajet, je criais aux piétons que je voulais récupérer ma guitare!

The Coventry Automatics

Dans l'entrefaite, les guitares et l'équipement avaient été transportés au club. Lorsque nous sommes arrivés, je me suis dit: Wow! Ces gars-là sont extras. Comment ont-ils fait ça? Ils ont seulement dégainé leurs pistolets et exigé de récupérer le matos, et nous voici: Gangsters

L'introduction de la chanson était destinée à notre nouveau manager: Bernie Rhodes knows don't argue. La phrase Can't interrupt while I'm talking, Or they'll confiscate all your guitars est inspiré de l'incident de l'hôtel. Ma contribution à la chanson est l'évidence selon laquelle They use the law to commit crime. Tout dans la chanson «Gangsters» fait allusion à ce séjour dans la République française. En rétrospective, c'était une excellente expérience puisqu'elle nous a donné notre premier succès sur disque. Nous ne pouvons pas nous en plaindre.

Lorsque nous sommes entrés en studio pour enregistrer notre premier extrait, ce devait être l'enregistrement de la chanson «Nite Klub», mais nous n'arrivions pas à recréer l'ambiance appropriée, car l'enregistrement avait lieu pendant la journée. Alors, nous avons plutôt décidé d'enregistrer «Gangsters». Silverton venait juste de quitter le groupe. Jerry a convaincu son colocataire, Brad, de s'installer derrière la batterie le jour même de l'enregistrement!

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