Volume 6, numéro 12 — Décembre 2006

L'Histoire du Reggae

Raggamuffin

En dépit de l'irritation qu'a causée l'émergence du dancehall original (rub-a-dub) chez les puristes, ce n'était rien, ou relativement inoffensif, en comparaison à ce qui allait suivre, le raggamuffin, ou ragga.

La musique a délibérément perdu toute notion d'être jouée sur des instruments conventionnels; les sonorités numériques étaient tenues en très haute estime. Les rythmes se sont accélérés et ont revêtu une rudesse censée repousser les âmes sensibles, pendant que le travail des disques-jockeys a acquis du tranchant qui a supprimé tout vestige du message d'amour universel.

De plus le thème de la fainéantise, qui ne représentait rien de plus que la nature lascive qui a caractérisé la plupart des musiques antillaises depuis le calypso, a dérivé dans une misogynie absolue et une homophobie cinglante, pendant qu'une tendance sulfureuse pour les armes à feu représentait le gangstérisme florissant des ghettos de Kingston. Shabba Ranks est tombé en disgrâce auprès de la scène internationale en endossant les propos de Buju Banton dans son succès «Boom Bye Bye», dans lequel il encourageait les auditeurs à tirer sur les gais à bout portant. Bounty Killer utilisait l'art du toast afin de promouvoir la culture des armes; la vision des femmes de Capleton n'a pour sa part jamais manifesté une sensibilité envers la rectitude politique.

Cela a donné des munitions à tous les détracteurs. Un débat s'est enflammé à savoir si cette culture représentait ou influençait la réalité des ghettos jamaïcains. Le reggae a finalement retrouvé un équilibre, avec une résurgence roots qui a rejeté en bloc ce qu'était devenu le dancehall et a cherché à remplacer les thèmes réfractaires par des sujets plus rassembleurs et plus salutaires. Des disques-jockeys tels que Buju Banton et Capleton ont fini par apercevoir la lumière, se sont laissé pousser des dreadlocks et ont emprunté le chemin de la vertu. Leurs conversions ne les ont pas empêchés de conserver le côté innovateur et excitant associé au dancehall.

Buju Banton

Le controversé Buju Banton

De même, Beenie Man a tourné le dos aux facettes les plus abominables de son répertoire. D'autres artistes, tels que Anthony B et Sizzla, ont rejoint ces nouveaux disques-jockeys roots et sont devenus deux chefs de file de Bobo Ashanti, issu de la ligne pure et dure du mouvement Rasta, puis ont cherché à se réclamer de la mode dreadlock des années quatre-vingt.

Avec Garnett Silk, une nouvelle vague de chanteurs roots a puisé dans la sensibilité et la spiritualité de Bob Marley avec une approche musicale moderne. Luciano, Tony Rebel et Morgan Heritage ont montré le chemin, pendant que le nouvel essor de Cocoa Tea était plus qu'à l'aise avec ces nouveaux rythmes.

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