Volume 6, numéro 12 — Décembre 2006

The Specials

Vous vous demandez maintenant…

Lynval Golding, Pete Chambers & Jerry Dammers

Lynval Golding, Pete Chambers et Jerry Dammers le jour de la remise de son doctorat honorifique

Jerry Dammers accepte de parler à Pete Chambers chez Backbeat.

C'est avec fierté que Pete Chambers de Coventry parle dans une rare entrevue à Jerry Dammers, le génie derrière le groupe The Specials et la marque 2 Tone. Ceci lui permet de répondre à certaines rumeurs, de désamorcer la spéculation et de remettre les pendules à l'heure.

1 – À quel âge avez-vous et vos parents quitté l'Inde pour la Grande-Bretagne? Avez-vous des souvenirs précis d'avoir grandi à Coventry?

«J'ai quitté l'Inde à l'âge de deux ans, puis j'ai vécu à Sheffield et je suis arrivé à Coventry à dix ans, en 1965. Évidemment, j'ai des tas des souvenirs. Je ne sais pas pour quelle raison je peux me rappeler que le niveau supérieur du stationnement à étages était une bonne place où traîner pour un adolescent blasé.»

2 – Sur quelles fondations repose votre démarche artistique? Vos parents vous ont-ils influencé?

«Pas vraiment, je crois, bien que je sois reconnaissant envers mes parents pour m'avoir fait prendre des cours de piano. J'étais bête et je détestais répéter. La seule chose qui m'intéressait était d'apprendre le blues par mes propres moyens. Ce fut The Who, The Kinks et The Small Faces qui m'ont donné envie de faire partie d'un groupe, et j'adorais la musique soul, Otis Redding, Sam and Dave, Tamla Motown…»

3 – Quel est votre intérêt pour le reggae, le punk et le ska? Est-ce que ce fut toujours naturel de fusionner le punk et le ska ou était-ce plutôt le résultat d'un travail consciencieux?

«Je suis tombé dans le reggae à partir du moment où j'en ai entendu pour la première fois, autour de 1969, avec Desmond Dekker et les autres. J'ai tenté de convaincre le groupe rock dans lequel je jouais à l'école d'en jouer dès 1971, mais en vain: personne ne prenait le reggae au sérieux dans les cercles de rockeurs à cette époque.»

«Oui, ce fut un travail consciencieux de combiner les musiques ska et punk, mais, avec le recul, cela me semble encore une fusion naturelle. Nous avons injecté un peu de funk et d'énergie africaine avec un offbeat, ce que pourraient faire la plupart des groupes rock, j'imagine.»

4 – La séparation des Specials, en soit, n'était pas une bonne affaire. Vous avez souvent été cité disant que vous étiez content que le groupe soit resté ensemble assez longtemps pour enregistrer la chanson «Ghost Town». Étiez-vous déçu? Avez-vous pensé que la mort soudaine des Specials était prématurée, ou était-ce plutôt un soulagement de travailler avec de nouveaux musiciens?

«Certaines personnes semblent avoir oublié qu'à proprement parler, les Specials ne se sont jamais séparés. Une partie de groupe a quitté en disant que je pouvais continuer à me produire avec le nom, et c'est ce qui est arrivé. Je suppose qu'au début, cela ressemble un peu à une forme de soulagement, car avec le temps, il était devenu impossible de travailler avec certains membres du groupe, mais au fond, ce fut une expérience profondément décevante.»

«Lorsque les Fun Boy Three ont commencé à faire de la musique pop, je ne pense pas qu'ils aient compris toute l'ampleur de la situation délicate dans laquelle ils mettaient les pieds. Ce qu'ils ont fait a possiblement réduit les chances que la musique de protestation n'atteigne encore le sommet des palmarès. De plus, je ne pense pas qu'ils aient réalisé la position dans laquelle je me démenais pour que cette musique demeure vivante, combinée à des idéaux politiques qu'avaient fini par représenter les Specials

«J'ai eu mon lot de griefs de la part de certains membres originaux des Specials au sujet de mon écriture et de l'orchestration. Ce ressentiment était encore plus exacerbé chez certains substituts. C'était probablement une erreur de penser qu'un autre bon groupe de scène pouvait émerger de Coventry si peu de temps après The Specials et The Selecter

«Nous avons quand même réussi à réaliser la chanson “The Boiler”, l'album In The Studio et le 45 toursFree Nelson Mandela”, bien que la production ait duré une éternité et finalement tourné au cauchemar. Vers la fin, j'avais tellement de dettes envers le studio que j'ai dû cesser d'enregistrer. Je me suis impliqué dans l'organisation Artists Against Apartheid. Les combats de l'organisation m'ont conduit au concert pour la libération de Nelson Mandela au stade Wembley, si bien que du positif soit finalement ressorti de tout ça. Peut-être que, de toute façon, Terry Hall n'aurait pas été aussi convaincant que Stan Campbell pour chanter “Free Nelson Mandela”.»

5 – Votre position compréhensible pour maintenir 2 Tone et The Specials comme des objets du passé a souvent été mal interprétée comme une forme de mépris envers votre œuvre. J'étais personnellement gratifié de vous entendre me dire que ce n'est pas le cas, et que tout ce que vous avez créé vous donne vraiment un sentiment de fierté. Est-ce la raison pour laquelle vous êtes restés sur la défensive à l'égard des marques reliées aux Specials et 2 Tone?

«Je n'ai jamais eu l'intention de garder 2 Tone ou The Specials comme des vestiges du passé. Les Fun Boy Three ont eu cette intention lorsqu'ils ont quitté le groupe. Si tout s'était passé comme je le souhaitais, les Specials joueraient peut-être encore de la musique aujourd'hui, qui sait? Je suis vraiment fier de la musique que nous avons fait et je souhaite encore que le plus de gens possibles puissent écouter les enregistrements authentiques des Specials

«Quiconque apprécie réellement le groupe éprouvera certainement un sentiment de mépris envers ceux qui l'ont démoli, n'est-ce pas? Terry Hall affirme maintenant qu'ils n'avaient pas vraiment de raisons pour quitter. Certains d'entre eux m'ont dénigré ou ont dénigré les Specials en entrevue, puis certains ont affirmé qu'ils avaient formé The Specials, alors que tous savaient que j'en étais le fondateur.»

«Puis, les mêmes qui avaient quitté le groupe des années auparavant ont affirmé qu'ils étaient encore les Specials! La façon dont je comprends la chose, ils ont cessé d'être les Specials lorsqu'ils ont annoncé qu'ils quittaient le groupe. Utiliser le nom comme ils l'ont fait était illégitime et trompeur envers le public. Ils ne m'ont même pas téléphoné pour savoir si le projet pouvait m'intéresser. Ce fut difficile de voir ce dans quoi j'avais mis tant d'effort, toutes ces années, être abaissé presque au niveau d'un groupe de taverne. Je pense que ce sont eux qui ont méprisé The Specials, je n'aurais jamais osé faire ça.»

6 – Des discussions autour d'un spectacle de réunion ont trouvé écho dans les pages d'un journal local l'année dernière. Quel niveau de frustration le fait d'être au centre de pareille spéculation cela procure-t-il?

«Ceux qui ont pu entendre les disques faits abusivement sous le nom The Specials sont en mesure d'évaluer ma contribution à la musique des vrais Specials, et quel effort massif cela prendrait de la part de tous pour reproduire quelque chose qui pourrait vraiment être pris au sérieux. Un site Web fut produit au moment où ils ont fait une tournée sous le nom The Specials, et je pense que celui qui a conçu le site a été manipulé. Je ne sais pas s'il y a eu autant de spéculation, c'est difficile de dire combien de personnes ont eu le sommeil perturbé à cause de cela…»

«Je souhaiterais, autant que tout le monde, que nous puissions être encore tous jeunes et que les Specials forment encore un groupe, comme dans le bon vieux temps, au début; mais en réalité, il est trop tard. Les gens ont de nouvelles carrières, d'autres ont évolué musicalement vers d'autres directions, ils sont passés à autre chose, d'autres n'ont pratiquement pas touché à leur instrument depuis des années, d'autres ont des problèmes de santé, des voix peuvent être abîmées, la mémoire de certains musiciens n'était pas infaillible et nous ne vivons même pas sur le même continent.»

«Plusieurs admirateurs des Specials ne souhaitent pas voir le groupe se reformer. Que quelqu'un d'externe au groupe nous incite à nous reformer, peu importe qu'il ait les meilleures intentions, ne fait qu'ajouter à l'improbabilité que ne se produise pareille situation. Trop de vieux groupes tirent profit de la bonne volonté du public en produisant un spectacle médiocre de type “encaissez l'argent et disparaissez”. Le public, et tous les membres du groupe, doivent savoir que, peu importe qui travaillaient ensemble, ils le faisaient parce qu'ils voulaient le faire, pour de véritables raisons musicales, pas seulement parce qu'une somme d'argent était offerte en échange d'une prestation.»

«Autrement, je ne crois pas que ce serait les vrais Specials. J'ajoute mon nom à ceux qui affirment d'un commun accord qu'il n'y a aucun plan pour reformer le groupe dans un avenir prévisible, comme l'ont fait les autres membres de la formation originale.»

7 – Dernièrement, on a entendu parler de la commémoration en bonne et due forme du mouvement 2 Tone d'une façon ou d'une autre à Coventry. Je suggère une rue nommée «2 Tone Way». Avez-vous une idée?

«Renommer l'un des stationnements à niveaux multiples “Ghost Town Park” me conviendrait, mais sérieusement, s'il est vrai que quelqu'un veuille réellement faire quelque chose comme ce que vous suggérez, ce serait brillant! Ce n'est cependant pas à moi de me prononcer sur cette question. Peut-être aussi, puisque 2 Tone était contre le racisme, devrais-je espérer quelque chose dans la ville en mémoire de ceux qui ont été victimes de crimes racistes, pour que la mémoire de Satnam Singh Gil, qui avait vingt ans lorsqu'il fut tué en 1981, ne tombe pas dans l'oubli. Le docteur Amal Dharri fut poignardé dans la cantine de Albany Road la même année, apparemment pour un pari de cinquante penny. Je pense que leur meurtre mérite d'être commémoré davantage que la mort de 2 Tone

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