Volume 6, numéro 11 — Novembre 2006

Ghost Town

The Specials

Crépuscule cauchemardesque

La plus grande réalisation des Specials est la chanson «Ghost Town», qui s'est hissée en première position des palmarès en juin 1981. Mais ce triomphe était également le début de la fin pour le mouvement two tone. Une chute brutale racontée par ceux qui l'ont vécue de près.

Chalkie Davies, photographe

More Specials

«Jerry avait des idées fantastiques, comme en témoignent ses influences musicales sur le deuxième album, avec des chansons telles que “Stereotypes” et “International Jet Set”, bien que des personnes comme Roddy Byers les détestaient. Et puis il y a eu “Ghost Town”, qui a atteint la première position durant la semaine des émeutes au Royaume-Uni.»

Jerry Dammers, claviériste des Specials et idéateur de 2-Tone

«Nous étions en tournée en 1981 lorsque nous sommes arrivés à Glasgow. Il y avait plusieurs marchés, et je me rappelle avoir remarqué des tas de gens pauvres, déambulant avec des sacs de plastique. J'étais renversé par la pauvreté extrême et par le fait que le chômage avait frappé des endroits comme l'Écosse, bien que le Nord de l'Angleterre n'ait pas été épargné, avec des villes comme Liverpool

«Musicalement, je voulais une atmosphère de pauvreté miteuse, de décadence et de délabrement, mais à une échelle internationale, avec des accords de musique latine et des gammes orientales pour donner une saveur qui, à mon avis, conceptualisait la montée du Tiers Monde. Je n'essayais pas d'écrire un hymne, c'était seulement une chanson de protestation.»

Roddy Byers, guitariste des Specials

«Les chaînes de télévision américaines ont fait jouer “Ghost Town” lorsqu'elles ont diffusé les images d'émeutes au Royaume-Uni. Cette chanson surgit également dans le film Natural Born Killers lors de la scène de mutinerie dans la prison.»

John Bradbury, batteur des Specials

«Jerry était le leader du groupe, le principal auteur et le meilleur. Mais avec l'ego de chacun, il y a forcément des tensions.»

Terry Hall, chanteur des Specials

«La formation était instable dès la première journée. C'était le bon mélange de personnalités sur scène, mais pas en dehors. Vous savez, lorsque les membres de Spinal Tap argumente au sujet de la forme d'un sandwich, c'est drôle dans un sketch, mais pas dans la vraie vie.»

«De plus, les bagarres répétées durant les représentations m'ont fait douter. Je me demandais si le message passait entre le groupe et le public. J'ai détesté l'accueil aux États-Unis. La compagnie de disques avait décoré le Whisky A Go-Go à Los Angeles en noir et blanc, mais ils avaient installé les bannières à l'envers. Ce n'était plus amusant. Tout était devenu une immense stratégie de commercialisation, une caricature de 2-Tone. Lynval Golding, Neville Staple et moi, avions fait des démos sous le nom de Fun Boy Three, alors nous avons quitté.»

Jerry Dammers

«Le départ de Fun Boy Three aurait pu être évité. Il y avait quelques divergences au sujet de la démarche créative, mais ils revenaient continuellement à la charge contre Roddy, parce qu'il était toujours ivre, et qu'il fallait l'exclure du groupe.»

«Je ne pouvais plus travailler avec Roddy, et Horace s'est fait embrigader par la religion, alors j'ai formé un nouveau groupe, The Special AKA, comme dans As Known As, avec la crème des musiciens de Coventry. Cependant, ma loyauté envers cette ville était mal placée, car la plupart d'entre eux n'avaient pas assez d'expérience. C'est pourquoi cela a pris une éternité en studio pour obtenir le niveau de musique qui me satisfaisait.»

Horace Panter, bassiste des Specials

«Jerry avait des idées pour le troisième album des Specials, mais il n'avait pas de chanson complète, ce qui a rendu l'enregistrement extrêmement pénible. Il voulait des résultats immédiats. Il était prêt à mordre, il portait la maison de disques 2-Tone à bout de bras. Je lui ai conseillé de prendre quelques jours de repos, mais il a refusé en disant que sa frustration devait s'exprimer dans la musique.»

Rhoda Dakar, chanteuse des Bodysnatchers

«Il y avait un vent de folie avec The Special AKA. Nous passions cinq jours par semaine en studio, dans la noirceur. Durant la dernière séance d'enregistrement, nous étions allongés sur le sol, amoncelés dans un état d'inertie psychique caractéristique de la schizophrénie. C'était cauchemardesque.»

Elvis Costello

Elvis Costello, producteur du premier album des Specials

«Jerry avait une idée définie de la musique dans sa tête, mais c'était intangible en quelque sorte. C'est la raison pour laquelle l'enregistrement fut si long.»

Jerry Dammers

«Toute la musique que j'aime a cette sonorité mélancolique. C'est un sentiment universel. Les considérations commerciales n'ont jamais influencé ma démarche artistique. Je voulais montrer que le ska n'était qu'une autre étape dans notre évolution.»

Elvis Costello

«On m'a appelé pour que je produise la chanson “Free Nelson Mandela”, parce que The Special AKA prenait trop de temps en studio. C'était important que Jerry sorte la chanson pour que le public soit sensibilisé à la cause.»

Jerry Dammers

Free Nelson Mandela

«Je suis allé à un concert pour célébrer le soixante-cinquième anniversaire de naissance de Nelson Mandela. Plus tard, j'ai eu l'idée pour les paroles de la chanson. Je n'avais aucune idée de l'impact qu'elle aurait. Ce n'était qu'une chanson pour moi. Ironiquement, il a fallu que je supplie le groupe pour jouer la chanson, comme j'avais dû le faire avec “Ghost Town” à l'époque. J'avais perdu toute influence sur le groupe.»

Chalkie Davies

In The Studio

«La chanson obtint un succès retentissant, et le troisième album des Specials, In The Studio, était excellent, mais il est arrivé quatre ans après le deuxième, en juin 1984. Il était trop tard. Le momentum n'y était plus. L'influence du mouvement 2-Tone avait rapidement diminué: Madness était devenu un groupe pop — bien qu'un groupe pop fantastique —, The Beat s'était séparé et Jerry voulait changer de direction musicale, le public était passé à autre chose.»

Jerry Dammers

«L'idée originale derrière 2-Tone était d'avoir une sonorité distinctive, comme chez Stax, où la batterie est clouée au plancher afin de préserver le même son, mais nous n'avons jamais eu notre propre studio. Malheureusement, Coventry n'est pas devenue le nouveau Memphis. Ce n'était pas vraiment une saga rock-and-roll puisque nous n'étions pas un groupe rock-and-roll. Nous avons perdu trop de temps à chercher des fils et des prises RCA. Je doute qu'ils aient ce genre de préoccupations chez Stax

Sauter le menu
Skarlatine > 2006 > Novembre > The Specials

Disque

The Scorchers

The Scorchers : Stuntin'

The Scorchers présente son premier disque…

The Busters

Ska, Sweat and Tears

The Busters sort un maxi enregistré en concert…

One Drop

To Hell In A Band Casket

One Drop produit son deuxième album…

King Django

King Django Meets The Scrucialists

Un nouvel album de King Django en vente au Canada!

Histoire

Dancehall Reggae

Lone Ranger

Après une décennie de culture roots, le dancehall secoue le son de Kingston

© 2006 — Skarlatine, la fièvre du ska!