Volume 6, numéro 10 — Octobre 2006

Toots and The Maytals

Le Parrain du ska en concert

Nous avons rencontré celui que l'on appelle le Parrain du ska, nul autre que Toots Hibbert, chanteur du groupe The Maytals, l'un des meilleurs groupes de reggae en Jamaïque.

Par Jonathan R. Richard

Montréal, mardi 18 avril, le Spectrum est rempli à pleine capacité. Le foule est enthousiaste à l'idée d'assister à la prestation d'une véritable icône du reggae originaire de la Jamaïque. En fait, il s'agit du deuxième spectacle des Maytals à Montréal en deux années d'affilée. On n'a pas à se plaindre, n'est-ce pas? Nous aimons le Canada, mais nous ne venons pas aussi souvent que nous le voudrions à cause des problèmes de visa et de douanes, explique Frederick «Toots» Hibbert.

Frederick «Toots» Hibbert

C'est une vraie honte la quantité de papier qui doit être produit seulement pour traverser les frontières. La plupart des artistes connaissent le fardeau que représente toute cette paperasse. Aussi, nous devons être fiers de voir les Maytals deux fois en si peu de temps. La foule salue l'artiste qui mérite un accueil chaleureux. Montréal exprime toute sa joie de voir les Maytals nous rendre cette petite visite juste avant de quitter pour une tournée européenne du 9 juin au 1er août, suivie d'une tournée américaine à laquelle participeront également UB40, Third World et Maxi Priest.

Toots Hibbert a d'abord eu son premier contact avec la musique en chantant du gospel: Pour les jeunes, chanter du gospel en Jamaïque est sensiblement l'équivalent de jouer au hockey au Canada. C'était tout à fait dans l'ordre des choses de s'initier à la musique dans une église, de la même façon que bon nombre de jeunes ont leur premier contact avec la musique rock dans les arénas. Je vois encore des gens de cette époque, dit-il. Au-delà quelques amitiés durables, ce qu'il garde en mémoire de ces années est spirituel: Il y a un lien entre le gospel et mon adhésion à la communauté rastafari, et je peux vous donner un indice: il n'y a qu'un seul dieu. Il avait environ vingt ans lorsque l'empereur d'Éthiopie, le Ras Tafari, a débarqué en Jamaïque en avril 1966. Bien qu'il ait gardé peu de souvenirs de ce périple, cela a eu un impact indéniable sur son parcours artistique.

En Jamaïque, le rythme downtempo du reggae était joué bien avant qu'il ne commence à enregistrer ce style de musique. Ses premiers enregistrements étaient des chansons ska: Mes premiers enregistrements sont crédités sous le nom The Vikings. J'ai ensuite changé le nom pour The Flames, avant de lui préféré The Maytals.

Il a commencé à jouer du reggae juste avant que ce nouveau style ait trouvé un nom. Selon le livre des records Guinness, c'est à lui que l'on doit l'invention du mot reggae. Les circonstances autour de cette trouvaille n'ont rien de bien ésotériques: Il y avait un mot d'argot utilisé à cette époque: streggae. J'ai sorti une chanson intitulée “Do the reggae”, et cela a évolué à partir de là. Personne n'a porté attention jusqu'à ce que cette musique soit exportée partout dans le monde.

On lit souvent que les artistes jamaïcains des années soixante doivent beaucoup à Prince Buster. D'autres affirment plutôt que ce n'est qu'un traître, un rat, un truand. Pour sa part, Toots a une opinion plutôt nuancée: Prince Buster a fait quelques grandes chansons… Tous les producteurs de cet époque ne payaient pas vraiment les artistes à la hauteur de leur talent ni de leur succès, mais ils ont le mérite d'avoir lancer notre carrière. Néanmoins, son conseil pour un nouveau venu dans l'industrie de la musique n'a pas besoin d'explications: Soyez prudents et trouvez un bon avocat!

Il a surtout envie de parler de ses projets en cours: J'ai lancé un nouveau label, D&F Music, que j'utilise pour réaliser ma musique en Jamaïque. Nous avons un nouveau simple et un vidéo pour la chanson “I've got a Woman”, une reprise de Ray Charles qui obtient du succès en Jamaïque en ce moment. Toots travaille aussi sur un nouvel album, dont la sortie est prévue au début de la prochaine année.

L'auteur de ces lignes a d'abord entendu la musique des Maytals à travers la musique de groupes tels que The Clash (Pressure Drop), The Specials (Monkey Man) et Sublime (5446, That's My Number): Beaucoup d'artistes ont repris mes chansons. La plupart du temps, je suis rémunéré, on me verse les droits d'auteur. Cependant, le vrai bénéfice est que cela permet au public de connaître mon répertoire. Ce serait trop long de nommer tous ceux qui ont repris l'une de ses chansons: Bonnie Raitt, Robert Palmer, UB40, Fermin Muguruza, Lauren Hill, pour en nommer quelques-uns. J'ai moi-même enregistré quelques chansons d'artistes qui m'ont influencé. En plus de Ray Charles, il fut inspiré par Otis Redding, qu'il a vu en spectacle en 1964: Il était génial. J'aime encore ses chansons et j'en ai enregistrées plusieurs qui ne sont pas encore sorties sur le marché.

Toots est une source d'inspiration intarissable. Il suffit de jeter un œil aux noms des collaborateurs sur l'album True Love, paru en 2004. Comment est-il possible de réunir sur un même disque autant de grands noms, issus de styles de musique aussi variés? Nous avons parlé de ce projet à plusieurs artistes avec qui nous avions déjà travaillé et avec lesquels nous avions développé une relation d'amitié, et la plupart d'entre eux ont accepté l'invitation. Cela a pris deux ans pour tous les réunir.

Un des moments les plus marquants de l'album est une chanson intitulée «Still Is Still Moving To Me» où Willie Nelson accompagne Toots: J'adore Willie et sa musique. En fait, la musique country est l'un de mes styles favoris. J'ai aussi fait une chanson avec lui sur son album Country Man, une chanson intitulée “Worried Man” pour laquelle nous avons fait un vidéo en Jamaïque. À première vue pourtant, les musiques country-folk et reggae semblent n'avoir rien en commun. Comment cette fusion a-t-elle eu lieu? En fait, ces deux styles de musique partagent parfois la même ambiance. La musique country a toujours été très populaire en Jamaïque. Avec la participation de Willie Nelson, d'Eric Clapton (Yardbirds, Cream), de Keith Richard (Rolling Stones), de Ben Harper, de Terry Hall (The Specials), Bunny Livingston (The Wailers) et des Skatalites, le disque a fait bonne figure dans les palmarès et continue de bien se vendre.

Votre humble serviteur avait acheté l'album Ska Father dans une boutique de disques usagés il y a quelques années, mais un de ses amis a emprunté ledit disque et, c'était prévisible, ne l'a jamais rapporté. Et, bien sûr, ce disque «égaré» n'est plus disponible sur le marché. La compagnie qui a sorti cette compilation n'est plus en affaires, alors c'est un disque difficile à trouver. Cependant, si vous aussi avez commis l'erreur qui ne pardonne pas, Toots a des nouvelles encourageantes: Nous avons maintenant les droits sur cet album et nous allons en produire une réédition éventuellement.

Revenons maintenant au Spectrum de Montréal, où le public a dansé du début jusqu'à la fin du spectacle: Tous les soirs sont comme celui-ci… C'est ce qui m'encourage à continuer. Sur scène, Toots exécute une démonstration de danse ska avec sa fille, qui est choriste durant ses spectacles: La danse a toujours fait partie de mes représentations. Leba chante avec moi depuis des années. Elle a aussi une carrière, elle chante en studio avec plusieurs autres artistes en Jamaïque. Produit par Sly and Robbie, son propre album va bientôt sortir.

Avant de conclure l'entrevue, nous avons demandé au parrain du ska quelle chanson de son catalogue est la plus significative: Elles font toutes partie de l'histoire. C'est difficile à dire… Tout le monde a sa chanson favorite. Je leur laisse le soin de choisir. Mille fois merci à tous mes admirateurs! Merci pour l'appui indéfectible durant toutes ces années.

Soyez attentifs pour encore plus d'excellente musique et d'autres spectacles de Toots and the Maytals.

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