Volume 6, numéro 10 — Octobre 2006

Madness

Histoire à prendre ou à laisser

En 1981, le groupe Madness produit une chronique cinématographique de ses débuts. Cependant, le film biographique sort au moment où l'euphorie entourant le mouvement 2-Tone n'est plus qu'un souvenir…

Intitulé Take it or Leave it, ce film constitue le deuxième document présenté au cinéma par Madness en 1981 — le premier étant Dance Craze, le compendium nostalgique filmé en concert. Mais le reportage de Madness réalisé en octobre approfondit encore plus le passé de la formation, en documentant la progression du groupe à partir du trio fondateur de 1976 jusqu'à l'enregistrement du premier 45 tours pour la chanson «The Prince», en 1979. Culotté mais réjouissant, ce film intense sort juste au bon moment pour Madness, l'un des seuls groupes liés à 2-Tone qui allait poursuivre une carrière couronnée d'un succès non éphémère.

Madness: Take it or Leave it

J'ai toujours été fasciné par les débuts d'un groupe, les raisons qui conduisent un groupe à se former, affirme Dave Robinson, président de Stiff Records et réalisateur du film. C'est précisément ce que nous tentions de représenter en images avec ce projet.

Doté d'un budget de 400 000 £, le film fut produit grâce à une avance de Stiff pour la moitié de la somme, le reste de l'argent ayant été réunie par le groupe et son gérant en raclant les fonds de tiroirs.

Robinson a lancé l'idée dès le début de l'année 1981. Le projet obtient une réception enthousiaste, et Robinson commence à interviewer les membres de Madness afin de glaner des histoires cocasses au sujet des débuts de la formation pour les inclure dans le récit.

Avec, évidemment, des exagérations abondantes pour l'effet comique, admet le guitariste Chris Foreman. En fait, la scène durant laquelle Lee Thompson arrache le toit du camion en passant sous un pont n'était rien d'autres qu'une dramatisation.

Afin de choisir une ambiance pour le film, le groupe loue un petit cinéma et projète un petit nombre de films jugés comme des repères cinématographiques, dont The Loneliness Of The Long Distance Runners et Mean Streets. Barson a acheté un chapeau comme celui de De Niro dans Mean Streets et l'a porté durant tout le tournage, se rappelle Foreman.

Le tournage commence en mars, après que Robinson eut terminé la rédaction du scénario. Pour les lieux, nous sommes retournés aux endroits où nous avions joué à nos débuts, tels que The Dublin Castle à Camden, bien que nous ayons fait quelques modifications mineures, comme élargir la scène, dit Foreman.

Nous avons tourné des scènes avec d'anciens membres du groupe, ajoute le claviériste Mike Barson. John Hasler, notre ancien batteur et chanteur, et Gary Dovey, qui jouait de la batterie. C'était probablement plus étrange pour eux que pour nous — ils regardaient la scène de l'extérieur, alors qu'ils en avaient déjà fait partie.

Afin de réduire les coûts, les images sont tournées au format Super 16 mm, puis agrandies en 35 mm pour la projection en salle. Robinson, qui avait déjà réalisé plusieurs vidéoclips de Madness, réalise subitement que tourner sur de la pellicule est dramatiquement différent que de filmer sur de la bande vidéo. Premièrement, il fallait enregistrer le son séparément des images, dit-il. Alors, nous avions besoin d'une équipe de techniciens de son et, de la façon dont fonctionne l'industrie du cinéma, il fallait embaucher des employés syndiqués. Lors d'un tournage en vidéo, nous n'étions qu'une poignée d'entre nous, mais avec l'implication de l'union, nous avions tous ces types qui se cassaient la dalle à mes frais. La moitié du temps, je ne savais pas quelle était leur contribution au film.

Dave en avait beaucoup sur la planche, fait remarquer Barson. C'était plutôt du genre: Ça roule! Coupez! C'est dans la boîte! Nous n'étions pas des acteurs. Il n'y avait aucun moment prévu pour nous permettre répéter les scènes.

En dépit de l'incapacité des techniciens en sonorisation de maintenir les batteries au bon niveau de voltage pour le bon fonctionnement de l'équipement, les trois premières journées de tournage se sont bien déroulées.

Nous étions vraiment contents de nous-mêmes, dit Robinson. Nous étions en avance sur l'horaire, puis le film a complètement été abîmé par des crétins qui ont surchauffé la pellicule durant le développement.

L'anxiété a commencé à s'installer, car le groupe et Robinson avaient tous des engagements professionnels planifiés juste après le laps de temps prévu pour le tournage et la réalisation du film. Les jours passaient et la pression montait. Robinson a chuté d'un chariot de tournage et s'est cassé une cheville. Il a tourné les quatre jours suivants appuyés sur des béquilles.

Malgré tout, le film fut assemblé plus ou moins dans les délais prévus, à l'intérieur de son minuscule budget. Mais avait-il permis de représenter la réalité qu'ils se sont efforcés de dépeindre, avec des images qui avaient du grain, à la hauteur de leurs aspirations?

C'était plutôt la perception des gens de la réalité plutôt que la réalité elle-même, dit Foreman. Et la scène durant laquelle on jouait dans le jardin — nous n'étions jamais aussi bons à cette époque. Cela aurait dû être plus violent, plus grossier. Le bout où nous nous sommes saoulés à Dingwalls, puis avons couru à travers la station de métro de Highbury pour faire du grabuge, c'était la vraie vie, parce que nous nous sommes vraiment saoulés ce soir-là. C'est l'interprétation la plus juste de ce que nous étions réellement.

Je trouvais ça ringard et je ne l'ai pas regardé pendant des années, conclut Barson. Le film a quand même une valeur historique, car les événements que nous avons filmés avaient eu lieu seulement quelques années auparavant. Nous avions à peu près la même apparence physique et la qualité du grain dans l'image est gratifiante. C'est un peu plus grand que nature, mais c'est mieux que ce dont j'appréhendais.

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