Volume 6, numéro 6 — Juin 2006

L'Histoire du Reggae

Toasting et M.C.

En Jamaïque, il y a quarante ans, si vous aviez une sono mobile, vous n'auriez pas songé à exiger des frais d'admission à vos soirées de danse, à moins d'avoir un D.J. décent derrière le microphone, faisait vibrer la foule, faisant bondir les disques avec ses exclamations et ses vociférations, de sorte que le système de son crache les paroles prononcées de façon cadencée.

Il s'agit d'un autre exemple jamaïcain d'emprunt, d'adaptation, d'amélioration et d'appropriation à partir, cette fois-ci, du scat, c'est-à-dire la technique qui consiste à substituer à des mots des syllabes dépourvues de signification mais qui imitent le son d'un instrument, et du jive, un style de jazz moins complexe que le swing et populaire dans les années trente. Les Jamaïcains pouvaient entendre les virtuoses de ces styles de musique grâce aux stations de radio afro-américaine dont l'antenne était assez puissante pour émettre jusqu'en Jamaïque à partie de Miami ou de la Nouvelle-Orléans. À mesure que les D.J. tels que Count Machuki, Sir Lord Comic et King Stitt devenaient l'attraction principale de la danse, ce n'était qu'une question de temps avant qu'ils ne commencent à enregistrer le fruit de leur travail.

Lorsqu'une génération de D.J. menée par U-Roy, Dennis Alcapone et Scotty ont commencé à produire des disques, elle a révolutionné la musique jamaïcaine. Alors que les producteurs commençaient à laisser des pauses vocales dans le mixe ou bien à produire des versions sans voix en face B, les D.J. ont occupé l'espace entre la foule et l'artiste. Pour ce faire, ils se servaient de certains privilèges que leur conférait leur statut d'opérateur de sono mobile. Ils se rendaient aussi en studio afin de poser leur voix sur la piste musicale pour refléter, en rime, la vie telle qu'il la percevait autour d'eux — les styles, les danses, les patois, la politique, et ainsi de suite. Peu surprenant, dans ce contexte, que l'ère roots eut comme précurseur des D.J. comme Big Youth, Jah Stitch, I Roy, Prince Jazzbo, Trinity et Dr Alimantado, qui ont donné à la nouvelle vague une voix grâce à leur toasting délibérément engagé à travers les sonos mobiles, et ce, bien avant qu'un producteur ne les enregistre en studio.

À la façon du dancehall, les premières vedettes que ce style a produites furent les D.J. Yellowman, Josey Wales, General Echo et Charlie Chaplin puisque, derrière la console d'une sono mobile, ces derniers étaient en mesure de répondre plus rapidement aux exigences du public que l'industrie du disque. En fait, le dancehall est un style de musique fait sur mesure pour les D.J., et dans le sillage du succès universel de Shabba Ranks, il semble que le dancehall soit désormais dominé par les D.J. Aujourd'hui, les plus grandes vedettes sont les héritiers de Beenie Man, Bounty Killer, Lady Saw et Sizzla.

La culture D.J. en Jamaïque a procuré une ébauche pour le rap — une ironie en soi puisque le concept avait évolué à partir des États-Unis jusqu'en Jamaïque vingt ans plus tôt — et les styles de musique garage britannique. De fait, le drum'n'bass et le jungle doivent davantage au reggae qu'au rap. Des groupes tels que So Solid Crew, Mis-Teeq et General Levy, ont développé leur style autour du reggae. La principale raison de cet état de fait est que la Jamaïque a influencé de façon notoire le patois de la rue en Grande-Bretagne, les rythmes et les constructions de phrases, ce qui signifie que les M.C. vont toujours être plus redevables envers Kingston qu'envers New York.

Dans le prochain numéro: le pop reggae

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