Volume 6, numéro 9 — Septembre 2006

Bob Marley

L'apothéose du mouvement rasta

Abandonné pas ses deux acolytes, Bob Marley reprend le nom de Bob Marley & The Wailers pour sa carrière solo. Il modifie le groupe: les frères Barrett, au sommet de leur art drum and bass, restent.

Entretemps, Rita Marley et Judy Mowatt sont recrutées pour accompagner Marcia Griffiths aux chœurs. Les trois voix se fondent comme par magie. Bob récupère le trio et fonde ainsi le I Three. Il engage dans la foulée le guitariste américain Al Anderson. Avec Lee Jaffe à l'harmonica (le seul Blanc avec Rabbit Bundrick à avoir joué sur un disque de Marley), ils gravent le chefs-d'œuvre Natty Dread, dont les arrangement sont signés Aston Barrett.

Malgré des chansons comme «Lively Up Yourself», «Rebel Music», «Them Belly Full» et «No Woman No Cry» et les concerts en Grande-Bretagne et aux États-Unis, les ventes de cet album exceptionnel ne décollent pas. Marley s'en tient encore à un succès d'estime.

Eric Clapton reprend la chanson «I Shot The Seriff», et en fait le seul numéro un américain de toute sa carrière. Le grand public entend parler de l'auteur par la presse musicale anglaise. Soudain, Marley se produit en spectacle à guichet fermé. Un concert est enregistré à Londres en 1975. À l'extérieur, les pompiers repoussent avec leur boyau d'arrosage le public trop nombreux. Des portraits géants de Marcus Garvey dessinés par le nouveau directeur artistique du groupe, Neville Garrick, décorent la scène. Garrick illustrera toutes les prochaines pochettes de disques.

Triomphe au lycéum

La presse est là. Elle adore la performance du groupe. Marley devient une star. Quand l'album live sort, Marley est décrit comme un prophète dont la vision salvatrice et rédemptrice mystifie la foule. La version de «No Woman No Cry» enregistrée en concert tourne sur toutes les radios anglaises.

Lorsque disparaît l'empereur d'Éthiopie, Haïlé Sélassié, auquel il dédie la chanson «Jah Live», il ne reste plus que cinq ans de gloire à Bob. L'album Rastaman Vibration monte dans les dix meilleures ventes de 1976, avec des classiques comme «Roots Rock Reggae», «Crazy Baldhead» et «Rat Race». La chanson «War» met en musique le discours de l'empereur prononcé à l'O.N.U., le premier discours dans lequel un homme prend la parole au nom du tiers-monde. Bob Marley deviendra la première superstar planétaire issue d'un pays pauvre, et le dernier à ce jour.

Tentative de meurtre

Malgré sa légende naissante et le fait qu'il soit une vedette internationale depuis un peu plus d'un an, Bob Marley ne vend pas beaucoup de disques. Son nouveau succès, «Smile Jamaica», produit par Lee Perry, donne l'idée au premier ministre Michael Manley d'organiser un grand concert du même nom à Kingston pour l'unité nationale. Marley et Manley semblent associés aux yeux du public. L'aile droite du parti d'opposition menace de mort l'artiste. Judy fait un rêve prémonitoire. Marcia quitte le groupe.

Les répétitions se tiennent dans l'ancienne maison de Chris Blackwell, que Bob vient d'acheter. L'ambiance est épouvantable. Les gardes armés disparaissent. Deux voitures surgissent dans le jardin et une dizaine d'hommes font irruption dans la cuisine. Le manager, Don Taylor, reçoit sept balles. Rita est atteinte d'une balle à la tête. Bob est blessé au bras et à la poitrine.

Paralysé à son arrivée à l'hôpital, Taylor, qui baigne dans son sang, entend son médecin le déclarer mort. Il sera ausculté quelques minutes plus tard et survivra in extremis grâce à une opération exécutée à Miami.

Bob chantera une heure et demie au concert, entouré par des centaines d'amis venus le protéger, comme des boucliers humains, sur scène. Lorsqu'il entonne «One good thing about music, when it hits, you feel no pain», les paroles de la chanson «Trench Town Rock» prennent une nouvelle signification. À la fin de ce concert qualifié d'historique, il quitte l'île sur-le-champ, un exil qui va durer quatorze mois.

Crime organisé et terrorisme d'État

Les États-Unis sont pointés du doigt pour avoir soutenu plusieurs coups d'État et provoqué les effusions de sang en Amérique du Sud. Un éventuel complet de la C.I.A. alimente les discussions. Ceux qui ont tiré sur Bob étaient liés à un gang ultra-violent qui appuyait le rival de Manley aux élections de 1976, un candidat de droite nommé Seaga, connu pour ses relations privilégiées avec les Américains. Par crainte de représailles, aucun média ne publie ces détails à l'époque. Les coupables ont forgé toutes sortes de rumeur pour apaiser les soupçons — et les certitudes — de plusieurs, afin de les marginaliser.

L'entourage de Bob Marley est souvent lié à une violence inimaginable et à des activités maffieuses insoupçonnées des hippies qui perçoivent en lui une sorte de prophète vertueux. C'est pourquoi la véritable biographie de Bob Marley ne peut pas être écrite et ne le sera jamais.

Ce que l'histoire retient cependant, c'est la thérapie qu'il s'est administré en adhérant au mouvement rasta et à ses valeurs de justice et de paix, comme s'il était habité par le sentiment que Jah lui avait confié la mission de libérer les opprimés. Il lutte pour vivre à la hauteur de son message dans un contexte d'ignorance, de superstition, de pauvreté, d'injustice et de criminalité.

À partir de 1977, la droite parviendra à déstabiliser le gouvernement de Michael Manley en taxant ses réformes de communisme, une méthode qui s'avéra efficace pour favoriser un mouvement de fuite des capitaux et des cerveaux. Après une campagne de démagogie et de propagande, le retour de Seaga perturbera l'équilibre social de la Jamaïques pendant plus d'une décennie.

Consécration en exil

Lorsqu'il arrive à Londres en 1976, il emménage au 42, rue Oakley, à Chelsea. Il vit avec une Jamaïcaine blanche, Cindy Breakspeare, élue Miss Monde. Les paparazzis s'emparent de l'affaire. Marley est maintenant célèbre en Angleterre. Le reggae est la nouvelle sensation. Les artistes produits par Chris Blackwell obtiennent du succès. Sa maison de disque Island produit tous les grands noms jamaïcains: Bunny Wailer, Lee Perry, Toots & The Maytals, Jimmy Cliff, Junior Murvin, Max Romeo, Third World, Sugar Minott, Dillinger, Inner Circle, The Heptones. Virgin réplique avec l'étiquette Front Line, qui fait connaître Peter Tosh, The Gladiators, The Abyssinians, U Roy, I Roy, Big Youth et bien d'autres.

C'est l'âge d'or du reggae, qui coïncide avec une période de commercialisation inespérée. Les groupes de musique punk, dont les Sex Pistols et The Clash, vomissent dans la presse sur les dinosaures que représentent des groupes comme les Rolling Stones ou Pink Floyd. Ils affirment écouter beaucoup de reggae. Cela contribue à l'engouement autour de cette musique.

Entre-temps, Peter Tosh lance son album Legalize It. Produit par Lee Jaffe, Tosh est accompagné par les Wailers avec les chœurs de Rita Marley et Judy Mowatt. De son côté, Bunny sort le meilleur album de sa carrière, Blackheart Man, enregistré avec Bob et ses musiciens.

Pendant six mois, Marley compose les chansons de ses futurs albums Exodus et Kaya, considérés comme des chefs-d'œuvre. Il est émerveillé devant le succès qui lui sourit enfin. Généreux, il distribue de l'argent à tous ceux qui passent le voir. Il ne sait pas dire «non». Son appartement est en permanence envahi par des connaissances.

À Londres, il rencontre aussi le fils aîné de Sélassié, Asfa Wasen, qui lui offre une chevalière en or frappée d'un lion de Juda. Il ne s'en départira plus et sera inhumé en la portant au doigt.

Le guitariste londonien Junior Marvin (à ne pas confondre avec Junior Murvin, dont la chanson «Police and Thieves» fut reprise par The Clash sur le premier album du groupe) se greffe pour de bon à la formation, venue rejoindre Marley en Grande-Bretagne. En pleine vague punk, les Wailers enregistrent pour la première fois hors de la Jamaïque.

La face A de l'album Exodus est consacré aux thèmes militants des Rastas, en particulier le rapatriement des Afro-américains à la terre promise de Sion, une allusion à l'exode de Moïse, avec en toile de fond le propre exil de Marley. La face B comprend exclusivement des chansons d'amour, telles que «Waiting in Vain» et «Turn Your Lights Down Low».

Sorti le 3 juin 1977, l'album Exodus comprend de nouveaux enregistrements, dont celui de «Natural Mystic», et de nouvelles compositions de haut calibre. C'est l'un des grands albums de Marley en solo, avec Natty Dread (1974), Rastaman Vibration (1976) et Kaya (1978). Fin 1999, le magazine américain Time désigne ce disque comme le meilleur album du vingtième siècle.

La plus grosse tournée reggae jamais organisée peut alors commencer à Paris. Lors d'un match de football amical contre des représentants du monde du spectacle parisien, Marley se blesse au pied. Malgré la douleur, et méfiant de la chirurgie, il laisse traîner quelques jours. Il avait eu le même genre de blessure un an plus tôt à Kingston. Après une série de concerts mémorables le pied bandé, il se résigne à consulter un médecin. Le diagnostic est sans appel: c'est un mélanome, une forme de cancer de la peau. La tournée américaine est annulée. On lui ampute l'orteil et lui greffe de la peau à partir de sa cuisse.

Malgré tout, la tournée de 1977 reste la plus éblouissante de sa carrière, celle de la rencontre avec le grand public. Les ventes montent brusquement des deux côtés de l'Atlantique. Enregistré sans les Wailers, la chanson «Punky Reggae Party» devient une chanson emblématique, fruit de l'ultime collaboration entre Marley et Lee Perry. Cette chanson exprime la rencontre entre la première génération de Britanniques d'origine jamaïcaine et les jeunes punks blancs. Il y décrit une soirée où la nouvelle vague de groupes punk sont présents aux côtés des Maytals et des Wailers. Marley improvise un scat ad lib.

Au cours de la même session d'enregistrement, une troisième version de «I've Got To Keep on Moving», de Curtis Mayfield, est immortalisée avec Third World. Au beau milieu de ce morceau curieusement autobiographique, il adresse quelques messages personnels destinés à rassurer son fils, Ziggy, sa mère et quelques amis au sujet de sa bonne condition de santé. (Cette chanson raconte l'histoire d'un homme poursuivi par erreur par des tueurs.)

Une trêve est déclarée dans la guérilla entre gangs affiliés aux adversaires politiques, après avoir coûté des centaine de vies aux ghettos de la Jamaïque. Marley rentre chez lui deux mois avant le concert historique du 22 avril 1978 pour souligner le douzième anniversaire de la venue de Haïlé Sélassié en Jamaïque. La prestation des Wailers commence peu avant minuit, devant des milliers de personnes qui cohabitent dans la haine et la crainte depuis des années. Marley invite les deux adversaires à se serrer la main en guise de bonne foi.

Dégoûté à l'idée d'accueillir le commanditaire présumé de la tentative d'assassinat dont il a été victime, Marley pousse un cri lorsque Seaga surgit de la foule. Il exhorte le Premier ministre à les rejoindre sur scène. Manley fait son apparition triomphales, et Marley pousse les deux hommes à se serrer la main.

Son ancien complice, Peter Tosh, en première partie de Bob ce soir-là, avait dénoncé et accusé les politiciens à demi-mot. Quelques jours plus tard, on lui donne une raclée. La police lui brise les mains et le laisse croupir dans une flaque de sang au fond d'une cellule. Tosh doit la vie à une intervention de l'armée, prévenue à temps.

En juin, Marley reçoit la médaille de la paix des Nations Unies pour son coup d'éclat. La médaille lui est passée autour du coup à New York par l'ambassadeur du Sénégal, au nom de cinq cents millions d'Africains. Cet honneur marque l'apogée de sa carrière.

À Kingston, où il s'installe entre deux tournées mondiales, il reçoit des milliers de personnes venues lui demander l'aumône. Il distribue des centaines de milliers de dollars en liquide. Les gens font la queue pour obtenir une audience, comme si son succès pouvait résoudre tous les problèmes de la Terre.

Retour en Afrique

Le 25 novembre 1978, il fait un voyage en Éthiopie, plus précisément à Shashemene, la communauté rasta installée sur les terres offertes par Sélassié aux Afro-américains qui désirent émigrer. Marley ne peut cependant obtenir de visa à partir du Kenya, qui est devenu une dictature stalinienne engagée dans un conflit militaire contre l'Érythrée. C'est grâce au fils de l'ambassadeur qu'il obtient son visa. À Shashemene, Marley écrit la chanson «Zimbabwe». Il interprétera la chanson le 17 avril 1980 lors de la fête de l'indépendance à Salisbury, la capitale du nouveau pays (anciennement la Rhodésie), en présence du président Mugabe et du Prince Charles.

En 1979, Marley va jouer au bout du monde: Japon, Nouvelle-Zélande, Australie. La propagation du culte rasta devient planétaire. Il donne un concert à Boston au bénéfice de la résistance opposée au régime d'apartheid en Afrique du Sud.

Épuisé après une très longue tournée, affaibli par le mélanome, Marley se consacre à l'enregistrement d'un nouvel album, Survival. Il a recours aux musiciens habituels, mais retient les services d'Alex Sadkin afin de peaufiner une sonorité internationale. Chris Blackwell ne se mêle pas de direction artistique. Marley étrenne son nouveau studio Tuff Gong, construit à Kingston.

Cerné par une myriade d'admirateurs qu'il reçoit jusqu'au dernier, de profiteurs zélés et une cour qui l'isole de ses musiciens, il est rongé par un cancer qu'il croyait vaincu. Usé, débordé par le travail, Marley est invité par les filles du président gabonais. Au printemps 1980, il s'envole vers l'Afrique avec les Wailers. L'accueil est démentiel. Ce voyage symbolique impressionne les musiciens. En avril, ils se rendent au Zimbabwe pour la dernière cérémonie d'indépendance d'un État africain. À l'aéroport, l'héritier de la couronne britannique fait savoir à Marley qu'il souhaiterait le recevoir. Il répond au Prince Charles que c'est à lui de se déplacer. Bien que Marley finance le concert à hauteur de 250 000 $, l'accès est réservé aux dignitaires invités à la cérémonie.

Lorsqu'ils entendent la chanson «Zimbabwe», les combattants qui ont vaincu la puissance coloniale et la dictature font exploser la porte à la grenade et envahissent, avec les milliers de personnes confinées à l'extérieur de l'enceinte, le carré où sont installés le président et le Prince Charles. La riposte immédiate, à coup de grenades lacrymogènes, fait fuir le public et les musiciens.

L'année est aussi marquée par une tournée des plus grands stades d'Europe. Marley joue devant plus de 250 000 personnes durant l'été. Mais il n'a pas confirmé son succès aux États-Unis, un marché hermétique aux étrangers. Il accepte une tournée en première partie de la formation The Commodores, le groupe de variétés de Lionel Richie et publie un 45-tours influencé par le disco, «Could You Be Loved». Magré un succès relatif, il ne parvient pas à percer aux États-Unis. Il ne recevra jamais de Grammy Awards ou de récompenses de son vivant de ce côté-là de l'Atlantique.

Déclaration testamentaire

À New York, au Madison Square Garden, il vole la vedette au groupe de Lionel Richie. Mais le dimanche suivant, le 21 septembre à Central Park, il s'effondre en faisant sa course à pied matinale. Une consultation chez le médecin lui fait brusquement réaliser qu'il va mourir. Il n'en parle à personne, mais ses joues creuses alarment son entourage.

L'ultime album de Marley, Uprising, laisse envisager que Bob sait la fin approcher, avec de multiples prophéties et double sens. Les chansons «Forever Loving Jah» et «Bad Card» en sont les titres forts, mais la déclaration testamentaire de Marley, rediffusée par toutes les radios de la planète le jours de sa mort, restera l'émouvante «Redemption Song», interprétée seul à la guitare sèche.

Il confirme le concert du 23 septembre à Pittsburgh. Durant le test de son, il chante son vieux «Keep On Moving», et ses choristes éclatent en sanglot. Elles ont compris.

Après trois rappels, il descend de la scène et serre la main de son public une dernière fois. Son foie, ses poumons et même son cerveau sont atteints par le cancer. Ses nattes de lion commencent à tomber. Il se résigne à les couper lui-même. Le centre de cancérologie de Manhattan avoue l'impuissance de la chimiothérapie contre la maladie. Bob s'éteint à Miami le 11 mai 1981 en présence de sa famille. L'homme, considéré comme le symbole de la liberté par Amnistie internationale, laisse un vide immense dans son entourage.

Ses funérailles sont nationales, avec interruption des séances du Parlement et jour de congé le 20 mai. Le cortège qui emporte le cercueil de Marley vers son village natal est salué par des centaines de milliers de personnes.

Nesta Robert Marley est inhumé à Nine Miles dans un mausolée qui accueille aujourd'hui les touristes. Sa popularité ne cesse de grandir, et sa légende se consolide dans le monde entier.

En plus de son œuvre, son engagement social et spirituel lui confère l'aura d'un modèle édifiant, et pour beaucoup, d'un prophète. Son mythe lui survit et s'amplifie.

Sorti d'un bidonville, Marley, en cherchant à retrouver la dignité de son peuple opprimé, devient une légende de son vivant. Il dénonce l'hypocrisie coloniale en lui opposant une relecture de la Bible. Il laisse un message en héritage, celui de remettre en question les injustices justifiées au nom du libéralisme économique.

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