Volume 6, numéro 4 — Avril 2006

L'Histoire du Reggae

Les systèmes de son

Seul un système de sono mobile, ou sound system, permet d'écouter du reggae. Idéalement, ce sera en plein air, au centre-ville de Kingston, où la température peut atteindre 80 degrés Fahrenheit à deux heures du matin et où les partitions de basse font vibrer votre bouteille de Red Stripe, mais l'antichambre d'une église à Bristol ou bien une maison de Birmingham peut faire l'affaire.

L'important est de s'entasser avec des gens sur la même longueur d'onde, de posséder la musique. L'installation est telle que vous sentez la musique avant même de l'entendre; le D.J. fait vibrer la foule; et chacune des chansons provoque une réaction bruyante sur la piste de danse.

Durant les années cinquante, les systèmes de son — à ne pas confondre avec les chaînes stéréo — ont graduellement remplacé les orchestres dans les dance halls. Pourquoi payer un groupe lorsque vous pouvez tourner des disques de R&B importés des États-Unis? Le coût de posséder son propre tourne-disque ou son propre récepteur radio fut également battu par les systèmes qui installaient leurs haut-parleurs dans la rue pour que tous puissent entendre la musique.

Les premiers producteurs de disques jamaïcains — Prince Buster, Coxsone Dodd (Studio One) et Duke Reid — étaient des propriétaires de systèmes de son. Ils défrayaient les coûts des séances d'enregistrement en studio pour se procurer des chansons exclusives.

Puisque les soirées de danse organisées par les propriétaires de systèmes de son étaient l'une des rares activités auxquelles les gens du ghetto pouvaient s'identifier, elles sont devenus essentielles à la vie du centre-ville, ainsi qu'un baromètre pour mesurer les goûts populaires.

Lorsque les producteurs ont commencé à fabriquer des disques destinés à la vente, ils avaient testé les nouveaux styles auprès du public de leurs systèmes de son. Presque toute l'évolution de la musique jamaïcaine — le ska, le rock steady, le reggae, le dancehall, etc., fut le résultat d'une compétition entre les propriétaires pour trouver un nouveau son qui puisse attirer les foules.

La compétition pour le meilleur équipement et la musique la plus excitante était féroce, et les sound clashes — des concours où deux systèmes de son dans le même soirée de danse tournaient des disques en alternance et étaient jugés par la réaction de l'audience — ont souvent sombré dans la violence.

Les sound clashes font encore partie de la culture reggae. Les dub plates* sont pressées avec le nom du D.J. en surimpression sur la piste de lecture. Récemment à Londres, le D.J. David Rodigan fut cité par Wyclef Jean et Tom Jones (!) lorsqu'ils ont chanté son nom live durant un de ces concours.

Peu importe où les Jamaïcains ont voyagé, les systèmes de son ont occupé une place importante dans leurs bagages. En Grande-Bretagne, les sound systems se sont établis presque aussi tôt qu'a accosté le Windrush, bondé d'immigrant antillais. Ils sont aussi au centre du Carnaval Notting Hill et se sont avérés cruciaux pour le développement de la musique urbaine britannique lorsque des installations comme Soul II Soul à Londres et The Wild Bunch à Bristol ont émergé en tant que systèmes de son locaux.

À New York, le hip hop a évolué à partir d'un sound system installé par un Jamaïcain expatrié — D.J. Kool Herc — qui a propagé la culture des dance halls de Kingston à travers de la musique américaine.

Dans le prochain numéro: Le dub.

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