Volume 6, numéro 1 — Janvier 2006

The Busters

Hors des sentiers battus

Skarlatine a discuté avec Richie Tabor, le chanteur du groupe allemand The Busters, peu avant la sortie de leur onzième album, intitulé Evolution Pop. Voici la traduction intégrale de cette entrevue.

Propos recueillis par Jonathan Béland

1 – Pourquoi avez-vous choisi ce titre pour votre nouvel album?

«L'album Evolution Pop est la suite de Revolution Rock, un disque fortement critiqué parce que tout le monde appréhendait un album rock. Cela s'est plutôt avéré être un album old-school avec beaucoup d'influences de ska traditionnel jamaïcain. En fait, c'était ce que nous avions en tête depuis le début.»

«Evolution Pop — tout comme Revolution Rock — est censé avoir une connotation ironique. On ne devrait pas interpréter le titre littéralement, à la lettre. De plus, au cours des années, le groupe a toujours été catalogué dans la catégorie pop ici en Allemagne. Mais si vous écoutez l'album, vous allez remarquer qu'on n'y retrouve pas vraiment de musique pop

2 – Est-ce réellement votre onzième album en carrière?

«Oui, si on ne mentionne pas les albums enregistrés en concert…»

3 – Comment le groupe s'est-il formé?

«C'était un cadeau d'anniversaire pour un des premiers chanteurs, Thomas Scholz, qui était un grand admirateur de musique ska à cette époque. Le groupe devait jouer quelques morceaux tirés du répertoire two-tone et quelques autres pièces, et Thomas devait éventuellement grimper sur scène et prendre le relais. Une bande d'amis se sont réunis, ont fait des répétitions… Malheureusement, le bouche à oreille a propagé la nouvelle et Thomas a découvert le plan avant le spectacle.»

«Ce fut le premier concert du groupe, et cela a eu lieu au club jeunesse local. Ce fut un énorme succès: ce spectacle à guichet fermé a marqué le début des Busters

4 – Depuis toutes ces années, il y a dû y avoir des changements parmi les membres du groupe…

«Oui, absolument. Ce n'est vraiment pas facile de garder douze gars ensemble aussi longtemps. Presque tous les membres du groupe — à l'exception des chanteurs — ont des substituts. Cela facilite les intérims lorsqu'un membre doit quitter le groupe pour une raison ou pour une autre. Cependant, puisque la région d'où nous sommes originaires n'est pas si grande, nous nous connaissons tous depuis un assez long bout de temps, ce qui facilite les transitions. Ainsi, je suppose que, d'une certaine façon, la composition du groupe n'a pas tant changé.»

5 – Comment cela se reflète-t-il dans l'écriture des chansons?

«Chacun des membres du groupe apporte sa propre source d'influence. Nous ne faisons pas partie d'un groupe qui met l'accent sur un ou deux membres. On ne met pas en vedette les chanteurs ou les guitaristes. En fait, Stefan, notre batteur, est celui qui a contribué le plus à l'écriture des chansons jusqu'à maintenant. Mis à part lui, Rob et Alex font partie des principaux auteurs, mais si quelqu'un arrive avec de bonnes idées, alors on commence à répéter pour voir ces idées prendre forme. Je pense que nous sommes plus ou moins six auteurs sur l'album Evolution Pop

6 – Quelle est cette étrange idée d'avoir deux chanteurs principaux?

«Je pense que “le problème des deux chanteurs” est apparu dès le début. Puisque le groupe était composé d'autant d'individus, c'est de cette façon que tout a commencé.»

The Busters

«Si vous avez déjà assisté à l'un de nos spectacles, vous savez que c'est plus de deux heures de power ska, ce qui est très difficile à soutenir pour un chanteur soliste. En fait, j'étais le seul chanteur durant les trois dernières années, et cela m'a pris un assez long moment pour venir à bout de la situation. Il a fallu beaucoup de patience… et beaucoup de thé! Ron Marsman m'a rejoint depuis quelques semaines comme chanteur, ce qui va donner plus d'énergie à nos spectacles.»

7 – En observant la scène en Allemagne d'un point de vue externe, on a l'impression qu'elle est en très bonne santé, avec Grover Records, Ska Revolution Records, votre propre maison de disques, et combien d'autres dont j'ignore l'existence. La scène est-elle vraiment forte, ou est-ce une illusion?

«Je considère que la scène européenne est vraiment forte. Mais c'est vrai que plusieurs groupes ont joint la scène ska, ce qui est certainement un signe d'appétit pour de la musique de bon goût… il y a beaucoup d'amour pour cette grande musique. En plus, je pense qu'il y a plusieurs bons groupes en Allemagne qui ont fait rouler la scène au pays. Nous recevons plusieurs courriers électroniques et des lettres de gens de partout dans le monde qui nous disent combien ils nous apprécient et combien ils aiment les groupes de ska germaniques.»

«Je pense que la scène est en santé. Ce n'est pas comme si nous nous battions les uns les autres, que nous nous détestions, et que nous disions autour de nous que les autres groupes ou que les autres maisons de disque produisent de la merde. Au contraire, il y a des liens entre les groupes, et nous nous appuyons les uns les autres beaucoup plus que le ferait n'importe quelle scène. Autant que possible, nous essayons d'appuyer les groupes de la relève lorsque nous sommes en tournée. D'ailleurs, Dr Woggle and the Radio va bientôt nous rejoindre pour quelques spectacles.»

8 – Concernant le tournage du vidéoclip pour la chanson «Radio Smash Hit», était-ce votre première collaboration avec le groupe Ska-P?

«Oui, c'était notre première collaboration avec les membres de Ska-P, et nous sommes vraiment heureux que tout se soit passé si facilement. Ils sont très populaires par ici et ils ont une façon formidable de jouer du ska

9 – Certaines de vos affiches montrent un intérêt pour les bandes dessinées nipponnes…

«Ç'a probablement quelque chose à voir avec notre idéologie au sujet de ne pas braquer les projecteurs sur l'un des membres du groupe en particulier. De plus, je pense que ces représentations graphiques donnent une belle finition au groupe, et personne ne peut vraiment deviner l'âge que nous avons!»

«L'an passé, le concept des Mangas s'est imposé de lui-même avec le nom de notre tournée au Japon, intitulée Japanized

«Aussi, nous avons deux webmestres fantastiques… l'un d'eux est justement au Canada en ce moment, il travaille dans le domaine de l'illustration et de l'animation.»

10 – Est-ce que vous envisagez avoir votre propre bande dessinée un jour, un peu comme Bad Manners?

«Ouais. Ce serait hilarant… il suffit d'imaginer une bande dessinée à propos du groupe sur la route!»

11 – Qu'avez-vous à dire au sujet du nouvel album?

«C'est la prochaine étape. Il y a peu de liens avec l'album précédent, Revolution Rock. C'était notre plan. Ce n'est pas un album traditionnel, bien que nous ayons gardé des influences traditionnelles… deux ou trois chansons peuvent être considérées traditionnelles. Mais nous voulions plus de puissance dans certaines autres chansons, alors ne soyez pas surpris d'entendre des influences punk et de la distorsion! En fait, Alex a eu beaucoup de plaisir à jouer de la guitare lors de l'enregistrement de cet album.»

«Nous avons eu un appui formidable de Farin Urlaub de Die Ärzte — un des groupes les plus connus et les plus populaires en Allemagne — qui a produit deux chansons et qui a amené avec lui le savoir-faire du réalisateur Uwe Hoffmann. Farin est un grand admirateur des Busters et nous a emprunté notre section de cuivres l'an passé pour sa tournée en solo, à guichet fermé. C'est toujours important de travailler sur de nouvelles idées et sur de nouveaux arrangements en tant que groupe, spécialement lorsque vous êtes dans le paysage musical depuis si longtemps.»

12 – En terminant, pourquoi devrait-on se procurer le onzième album des Busters?

«En écoutant cet album, tous ceux qui ont été témoins de notre curriculum vitæ durant la dernière décennie vont réaliser que nous ne sommes pas demeurés coincés sur des concepts clairement définis. Nous avons toujours essayé de proposer de nouvelles idées, et je pense que l'album Evolution Pop en offre beaucoup! Ce n'est peut-être pas un album ska typique… mais qu'est-ce que l'album ska typique de toute façon!»

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