Volume 5, numéro 7 — Juillet 2005

Dave Adams

Pionnier du square dancehall

Nous avons rencontré David Adams en mai lors du passage de JFK & The Conspirators au Bar Le Swimming à Montréal. Voici la traduction de cette entrevue:

Par Jonathan Béland

1 – L'album Mash Up the Dance est différent de votre premier disque, Mayor of Ganja City. C'est beaucoup plus dancehall… comment s'est produite cette transition?

«Lorsque j'ai formé les Conspirators, c'était plus facile de chanter du ska parce qu'il y avait moins de stigmatisme psychologique — un Blanc qui joue de la musique afro-américaine — que si j'avais chanté du reggae, mais je suis arrivé au ska avec le reggae, même si le ska a précédé le reggae historiquement.»

«Je jouais déjà du reggae dans un groupe avant de partir le groupe de ska. On accompagnait des artistes comme U-Roy et Frankie Paul, mais on ne pouvait pas se fier à aucun chanteur local, D.J. ou M.C. Peu était compatible avec un groupe. C'est devenu évident que je devais chanter si je voulais entendre la musique que j'apprécie jouée conformément avec l'esprit et la logique de cette musique.»

J.F.K. & The Conspirators

J.F.K. & The Conspirators
(Photo: Chris Charney)

«Alors je me suis replié vers le ska pour éviter d'ébranler certains clichés. Avec le temps, cela a évolué vers le dancehall. Il n'y a cependant pas eu de rupture… il n'y a pas de moment précis où j'ai décidé de jouer strictement du reggae dancehall

2 – Votre premier disque ne vous a pas permis de capter le véritable son des Conspirators. L'enregistrement de Mash up the dance est-il plus satisfaisant?

«Absolument. Lorsque j'ai fait le premier disque, à aucun moment au cours du projet je me suis dit: “Oh oui! C'est ça! C'est prêt.” Avec Mash up the dance, j'ai travaillé jusqu'à ce que chaque chanson soit terminée, jusqu'à ce que je puisse me dire: “Voilà où je peux amener cette chanson.”»

«Nous avons réalisé le premier album en studio avec un ingénieur de son et tout le tralala, mais c'était difficile de leur faire comprendre ce que j'entendais. J'ai fait l'ingénierie du deuxième album moi-même, et ce fut beaucoup plus satisfaisant de la faire ainsi au lieu de laisser le travail à autrui.»

3 – Est-ce que vos contrats avec Stomp et Bacteria Buffet sont encore verbaux?

«C'est toujours verbal. Inutile de gaspiller du papier. Lorsque je m'occupais moi-même des contrats de spectacles — et j'étais assez chanceux, car les gens m'appelaient — je négociais avec eux de façon verbale, et je n'ai jamais été arnaqué.»

«Bien sûr, il y a eu de petits accrocs, par exemple, au sujet des commodités. En fait, ce n'est arrivé qu'une seule fois. Nous étions allés à Banff. Nous y sommes allés à quelques reprises, mais cette fois-là, le promoteur nous avait vraiment mal reçu.»

«Je ne suis pas en train de me plaindre que nous n'étions pas logés dans le plus luxueux des hôtels; nous étions six dans une chambre aussi petite que cette loge avec six lits mal foutus et nous devions rester là cinq ou six jours. Alors j'ai parlé au promoteur, qui m'a envoyé promener. Je suis allé voir le propriétaire du bar, qui voulait m'envoyer promener, malgré les promesses, alors j'ai dit: “Tu sais quoi? L'argent que nous allons perdre m'importe peu. On reprend la route jusqu'au Manitoba. Nous avons installé notre équipement, mais on remballe. On ne jouera pas ce soir; on s'en va!” La situation s'est réglée rapidement, et nous avions obtenu ces magnifiques chambres d'hôtel… C'était trop!»

«Je me rappelle que le gérant avait été réglo. C'était une période de l'année très achalandée. C'était juste dommage qu'il doive gérer cette complication. Cependant, et bien que ce soit verbal, ce qui est dit est dit. Alors, je suis disposé à cesser d'encourager quelqu'un qui ne respecte pas sa parole.»

4 – Est-ce exact de décrire votre musique comme du square dancehall, ou du one drop mixé avec du western ska?

«Oui. C'est juste. Quoique ce ne soit plus tellement mixé avec du ska. Et je dois clarifier; ce n'est pas du dancehall moderne. Ce n'est pas le dancehall que les Jamaïcains écoutent en ce moment. C'est plutôt le genre de dancehall de Studio One que les plus vieux écoutaient durant les années soixante-dix et quatre-vingt, le genre de Yellowman ou de Lone Ranger

«On entend souvent le style de Bob Marley ou le roots rock reggae, mais on entend peu le style de Studio One ou du Lovers Rock auquel j'ai été exposé lorsque j'ai appris à jouer de la musique.»

«Je pense que la musique dub est plus universelle que le ska, le roots rock reggae ou le dancehall moderne, des styles qui plaisent à certaines catégories de personnes. Je pense que trop peu de gens ont entendu le style de reggae que je fais valoir. Ils ne savent pas qu'ils aiment autant le reggae parce qu'ils n'ont entendu que du reggae aseptisé pour plaire aux Blancs, du reggae de ségrégationnistes. Vous savez, je ne veux pas trop entendre de roots rock reggae parce que je ne porte pas de dreadlocks, bien qu'il y ait rien de mal avec le mouvement rastafari, c'est seulement une question d'universalité, une musique pour tout le monde.»

5 – Comment les Afro-américains perçoivent-ils votre musique?

«Ce sont ceux qui me donnent le plus d'encouragements. J'ai découvert que les Blancs avaient tendance à éviter de considérer ce que je faisais. Par exemple, lorsque je vivais à Montréal, je travaillais avec des musiciens qui ne voyaient pas ou qui ne voulaient pas voir ma vision musicale. Ça les rendait anxieux à cause de la crainte de se faire traiter de Blancs qui jouent de la musique de Noirs.»

«Personnellement, je ne suis jamais tomber dans ce genre de pièges. Ce sont les Jamaïcains qui savent ce qui est authentique. Ce sont eux qui m'ont encouragé à continuer en me disant: “Tu l'as!” Quand ils voient jouer notre groupe, ils disent: “C'est du reggae… C'est du vrai reggae!” Ça les gratifie toujours de voir quelqu'un qui n'est pas Jamaïcain aimer leur musique autant que ça

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