Volume 5, numéro 6 — Juin 2005

The Slackers

Pas de répit pour les fainéants!

Le groupe de New York The Slackers était de passage le mois passé à Montréal au Café Campus en première partie des Planet Smashers, qui lançaient leur sixième disque, Unstoppable.

Par Jonathan Béland

Votre humble serviteur, lui-même réputé fainéant et retardataire à ses heures, ne se présenta pas à temps pour ladite entrevue, censée avoir lieu après les tests de son. Ah! Les impondérables de la vie…

Pour ne pas importuner les gars juste avant leur prestation, je décidai de regarder — et d'écouter — l'excellente performance du trio suisse The Peacocks. Puis ce fut l'entrée sur scène des Slackers, fringués dans leurs costumes tirés à quatre épingles, et jouant une musique swing ska qui vous donner envie de griller un de ces cigares cubains.

Mais j'avais une entrevue avec les Planet Smashers, impatients de monter sur scène. L'entrevue est à peine terminée que les Slackers sont de retour; leur prestation fut écourtée. Les gars ont d'abord besoin de se calmer, me répond le saxophoniste David Hillyard, victime d'un bri de matériel.

L'entrevue devra attendre. Les gars sont visiblement déçus de la tournure des événements, mais finissent par s'en remettre. Le chanteur et claviériste Vic Ruggiero le premier, préoccupé à nouer de nouveaux liens avec la gente féminine.

Décidément, l'entrevue devra attendre, car après tout, on est là pour le lancement des Planet Smashers, qui s'apprêtent à monter sur scène. Après la prestation des hôtes, il faut bien sûr remercier les admirateurs et signer quelques autographes. Et puis, il y a le matos à démonter, à extirper des entrailles de la scène, à transporter jusqu'au camion. Vic Ruggiero finit par me promettre une courte entrevue: dans une quinzaine de minutes. Enfin!

Quelle déconvenue lorsque je vois quitter le camion loué par les gars. Ils sont peut-être aller stationner ailleurs, pensai-je, en tentant de ne pas perdre espoir. La véritable déception, je peux cependant la lire sur le visage de Vic Ruggiero, à mesure qu'il descend les escaliers du Café Campus.

Ils sont partis depuis quinze minutes, ai-je peur de lui confirmer. Non!, s'exclame-t-il, le costume de scène — encore suintant — à l'épaule. Je l'air d'un looser! Ça éloigne les filles, ce truc… Au moins, ça fait du bien d'être à l'extérieur des États-Unis, soupire-t-il enfin. Et puis heureusement, j'ai des amis à Montréal. Il y a quelques portes où je peux aller frapper… Les questions de sécurité sont en train de nous pourrir la vie à New-York. L'entrevue peut enfin commencer à l'abri des bruits le la ville, sous un porche de la rue Prince-Arthur.

À la lecture de la biographie des Slackers, on se demande si les membres du groupe sont de véritables fainéants, ou si ce sont plutôt des bourreaux de travail, avec huit albums en dix ans, des projets personnels et des collaborations avec une quantité impressionnante d'artistes…

«Nous sommes des workaholics, en quelque sorte, et de plusieurs façons. Nous n'avons pas beaucoup de répit, nous sommes occupés, nous travaillons dur… Et lorsque j'ai du temps libre, je travaille pour le groupe. Donc mes rêves d'oisiveté et de fainéantise ne sont que des rêves!»

Parlant de rêves, David Hillyard affirmait dans une entrevue — en plaisantant — qu'il souhaitait plus de succès pour le groupe. Il disait que vous feriez autant d'argent sinon plus en faisant frire des pommes de terre dans une chaîne de restauration rapide (pour ne pas la nommer), et qu'un jour, il voudrait bien que vous puissiez avoir le salaire de l'assistant gérant ou du gérant. Qu'en est-il deux ans plus tard?

«Si nous calculions chacune de nos heures de travail, c'est certain que nous ferions plus d'argent à cuire des pommes de terre. Mais si je faisais plus d'argent grâce à un travail ordinaire, je ne serais pas plus heureux… Combien vaut le bonheur? Je crois que c'est le prix à payer. Personnellement, c'est mieux ainsi pour mon équilibre mental. Et de toute façon, en soustrayant le montant des factures de psychologie que je devrais payer, j'aurais la même somme d'argent à la fin. Sans parler de la drogue que je devrais prendre — je veux dire la drogue légale.»

Et puis, tous ces sacrifices doivent parfois s'avérer gratifiant, comme le disque Slackers & Friends (Special Potato, 2002) et comme ce projet d'enregistrement, An Evening in Dub. Le disque dub devrait sortir cet été, espère-t-il. L'enregistrement est terminé. Ça fait des années que nous voulions réaliser ce projet de disque strictement dub reggae… Pratiquement aucune voix, une atmosphère très planante. Nous sommes très enthousiastes. Parallèlement à la sortie de ce disque et la poursuite de leur plan de tournée, le groupe enregistre de nouvelles chansons en studio pour un album qui devrait paraître plus tard cet automne.

Skarlatine a encore quelques questions en réserve, mais on ne voudrait pas abuser du temps d'un fainéant débordé. Et puis, on l'attend à un resto-pub de la rue Saint-Laurent. Se produire sur scène, ça creuse la dalle. Il y a aussi cette nouba reggae auquel Ruggiero est invité. Passe si t'as une chance. C'est censé durer toute la nuit., dit-il en tournant le bras pour qu'un ami puisse lire l'adresse écrite à l'encre sur l'envers du poignet. L'auteur de cette «publicité» est-elle une jolie Montréalaise? Ce serait probablement trop indiscret de le lui demander.

L'entrevue terminée, nous raccompagnons Ruggiero, à peine désorienté, au steak house où l'attend l'équipe de Stomp Records. On plaisante, on parle de tout et de rien, de voyage, d'architecture. Il finit par admettre: C'est quand même beau New York. Il suffit de savoir regarder. Le meilleur côtoie le pire… C'est New York! Arrivé à destination, une dernière poignée de main, puis il traverse la rue, son costume à l'épaule, et pousse la porte du pub.

Bientôt, nous parlerons d'un rêve qu'a réalisé le groupe en enregistrant la musique du nouveau disque de Chris Murray, Slackness, disponible en importation.

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