Volume 5, numéro 9 — Septembre 2005

Colectivo

Shantal Arroyo

La chanteuse de Colectivo, Shantal Arroyo (Photo: J.-F. Gratton)

Une tradition alternative

La formation latino-alternative Colectivo a participé au Festival des Traditions le mois passé et vient d'être invité au Festival de Jazz de Mérida, capitale de la province de Yucatán au Mexique. La chanteuse du groupe, Shantal Arroyo, explique la relation particulière de modernité et de tradition qui caractérise la musique de Colectivo.

Propos recueillis par Jonathan Béland

Ce groupe est probablement le seul à obtenir autant de succès sur les scènes nordiques du Québec que sous le soleil tropical du Mexique. Comment est-ce possible? On pourrait croire que les Mexicains sont saturés de musique latine, mais c'est faux, affirme la chanteuse. Lorsque le groupe est arrivé à Puerto Vallarta, une station balnéaire, il n'y avait pas un bar dans la ville où se jouait de la musique latine: C'était du Top 40 des années quatre-vingt mur à mur. On pouvait danser sur du Pat Benatar! Certains de ses amis tenaient des clubs. Ils produisaient des spectacles avec des groupes mexicains, des cuivres, et tout le tralala, mais ils jouaient de la musique américaine… Quelle horreur!

Alors elle leur demandait pourquoi ne jouaient-ils pas de musique latine. On lui répondait que c'était nul, que c'était out, que ce n'était pas ce que voulaient les gens. Elle dû rétorquer à ces inepties: Vous comprenez rien! Le monde n'est pas venu ici en vacances pour écouter ça! C'est ainsi qu'on lui a proposer de grimper sur scène avec son groupe. Les tenanciers de bar ne l'ont pas regretté; Colectivo remplissait partout. La ville a même engagé le groupe pour qu'il fasse des spectacles de fin d'année, car le public en redemandait. Les jeunes ont vu une connexion entre la musique qu'ils ont écouté — le punk et la musique alternative — et leur musique latine. Soudainement, ça devenait moins “poche”, ils ont réalisé qu'ils pouvaient mixer les cultures. Le mixte des cultures, il faut admettre que le collectif y excelle, avec une musique hybride, à la fois contemporaine et ancrée dans les traditions latines et afro-américaines.

Le groupe a même joué à la Foire du livre, le plus grand événement culturel au Mexique. Tout le monde, y compris les journalistes, leur disait: C'est génial. Ce serait bien que vous inculquiez ça à notre jeunesse. Étonnant, n'est-ce pas?

Au début, le groupe jouait près des plages et des hôtels: Nous pensions rejoindre surtout un public de touristes, ce qui est une bonne affaire, car ça nous permet d'avoir des disques partout dans le monde, rapidement. Mais nous nous sommes rendus compte que le staff des bars y prenait goût. Nous avons commencé à avoir un follow-up local, mexicain, qui nous écrivait. Le groupe retournait au Mexique environ aux quatre mois, au début et à la fin de l'hiver: Nous pouvions voir circuler nos chandails, donc ce n'étaient pas des touristes qui les avaient achetés. Lorsque nous sommes arrivés à Guadalajara, il y avait une foule en avant qui chantait les textes — nous avions vendu une tonne de disques les années d'avant. Nous avons réalisé que nous avions développé un public local qui nous suivait peu importe où nous allions dans la République. À Cancun, les gens leur disaient qu'ils les avaient vu à Playa del Carmen: C'est quand même petit, le milieu… C'est surprenant.

Tellement petit que l'an passé, le groupe a rencontré par hasard l'ancien premier ministre du Québec, Bernard Landry: Il parle très bien espagnol. Il a assisté à un de nos spectacles avec son épouse. Il a “trippé” au fond. Il a amené plein de Québécois… Être sur la page avec Bernard Landry, c'est vraiment quelque chose. C'était rock!

Après tout, Colectivo incarne le nouveau Québec. Lorsque je suis arrivée au Québec à cinq ans, ma famille s'est installée au Saguenay. Je devais être la seule Mexicaine, mais quand j'y retourne aujourd'hui, je croise des Péruviens, des Dominicains, des Colombiens… Il y a eu une vague d'immigration, même en région: J'ai toujours trouvé que les Québécois étaient très ouverts d'esprit. Avec ce mixte, Colectivo est le reflet de cette réalité parce que nous sommes tous des enfants d'immigrés, nous sommes tous mixés et plus ça va, plus ça représente le Québec cosmopolite. C'est aussi les jeunes du Québec qui peuvent écouter du métal, danser sur du reggae et écouter un concert hippie: Le monde est ouvert, aime fêter, et c'est justement ça, Colectivo.

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