Skarlatine, la fièvre du ska!

Glossaire du ska

Petit lexique de la musique jamaïcaine

Le ska est un style de musique hybride issue de la Jamaïque et ayant connu une telle notoriété qu'on peut le déceler même aujourd'hui à travers ses dérivés: rocksteady, reggae, dub, dancehall, punk ska, etc.

Voici un petit lexique du vocabulaire utilisé dans ce magazine. Vous trouverez dans ce glossaire une définition des différents styles de musique jamaïcaine et quelques notes historiques.

Kumina

Le Kumina est une culture indigène issue de la Jamaïque. C'est une religion, une musique et une danse pratiquées par bon nombre de Jamaïcains de l'Est, plus particulièrement par les habitants du comté de Saint-Thomas, qui ont conservé les percussions et les danses traditionnelles de leurs ancêtres du Congo. C'est de cette culture qu'émergera durant les années soixante et soixante-dix le mouvement rastafari.

Niyabinghi

La résistance du gouvernement théocratique Niyabinghi contre l'occupation coloniale en Afrique a inspiré un grand nombre de Jamaïcains, dont Count Ossie. Les chants Niyabinghi (souvent des psaumes récités) combinés aux percussions Kumina ont influencé le reggae roots durant les années soixante et soixante-dix.

Mento

Le mento est un style de musique traditionnelle de la Jamaïque qui a précédé et largement influencé le ska. Le mento a recours principalement à des instruments acoustiques: guitare, banjo et percussions. On confond souvent le mento et le calypso, une forme musicale de Trinidad. Bien que ces deux styles partagent de nombreux éléments, ce sont deux genres distincts, en raison notamment de la différence entre l'histoire coloniale de ces deux îles des Caraïbes. En effet, la Jamaïque n'a pas les influences espagnoles de la plupart des autres îles antillaises. Le mento, dont l'origine remonte au XIXe siècle et dont l'âge d'or se situe durant les années cinquante, est une expression musicale de la tradition africaine importée par les esclaves en Jamaïque.

Calypso

Mot anglais des Antilles (1934), du nom de la nymphe Calypso, dans un vieil air espagnol. Le calypso est une danse à deux temps, originaire de Trinidad. Le terme désigne aussi la musique de type antillais qui accompagne cette danse. De nos jours à Trinidad, cette musique traditionnelle est indissociable du carnaval.

Jazz

Mot anglais américain d'origine incertaine. Musique issue de la musique profane afro-américaine. Quelques styles de jazz: blues, be-bop, boogie-woogie, swing, free-jazz, ragtime, rhythm and blues, doo-wop.

R&B

Abréviation de rhythm and blues. Le R&B désigne aujourd'hui la musique initiée à Chicago par les Afro-Américains après la Seconde Guerre mondiale.

C'est un genre hybride entre le folk roots, le blues et le jazz. En fait, le R&B a recours à un plus vaste registre de structures et de progressions d'accords (ou riffs) que le blues traditionnel et comme le jazz, il offre souvent des orchestrations complexes et des arrangements originaux. Le style est caractérisé par l'emphase du deuxième et quatrième temps (back beat) d'une mesure de quatre temps répétitive et syncopée.

R&B jamaïcain (Shuffle)

Qu'on l'écoute sur des récepteurs radiophoniques ou qu'on la joue dans les sonos mobiles, le R&B américain était, hormis le mento, la musique dominante en Jamaïque dans les années cinquante. En réponse à la transformation du R&B en rock and roll, les rivaux qu'étaient les promoteurs Duke Reid et Coxsone Dodd ont transformé leur sono mobile en maison de disques, enregistrant les réalisations des musiciens locaux, qui fusionnaient le R&B, le jazz et le mento, avec des éléments rythmiques empruntés au swing et au boogie-woogie, dans ce qui allait devenir le shuffle. Les pionniers de ce genre de musique jamaïcaine furent Theophilus Beckford, Derrick Morgan et Prince Buster.

Ska

Mot anglais de la jamaïque. Le ska est un dérivé du mento et du jazz. Absent des dictionnaires francophones, le ska est pourtant aussi vieux que le rock n' roll. En effet, le style remonte au tout début des années soixante.

Selon la légende, c'est Prince Buster qui aurait demandé à son guitariste, Jah Jerry, de mettre l'emphase sur le contretemps du shuffle (le premier et le troisième temps de la mesure, ou off beat), créant dès lors le son distinctif, ou le «skank», qui a propulsé le rythme syncopé du ska et de ses descendants.

En 1962, les écuries Island et Blue Beat ont importé le ska au Royaume-Uni. La chanson «My Bob Lollipop» de Millie Small fut la première à se hisser sur les palmarès britanniques. Au milieu des années soixante, les clubs où l'on tournait la musique ska étaient nombreux en Angleterre, de Canterbury jusqu'à Lancaster.

Alors que le rythme saccadé du ska reflétait l'optimisme lié à l'indépendance jamaïcaine, le revival de 1978 était surtout inspiré par la dépression économique et le chômage des régions centrales de l'Angleterre. Les artistes clés sont Prince Buster, Derrick Morgan, The Wailers, The Skatalites et The Specials.

Rocksteady

Au milieu des années soixante, le ska subit les influences de la musique soul (le rythme ralentit, les thèmes deviennent plus sentimentaux) et se transforme en rocksteady. La culture rude boy (célébrée par «Rudie Bam Bam» des Clarendonians) continue également d'influencer la musique rocksteady.

Comme toujours, plusieurs producteurs tentent de s'approprier le crédit pour le premier disque rocksteady, dont Joe Gibbs et Duke Reid.

Au Royaume-Uni, ska, rocksteady et bluebeat étaient littéralement des synonymes. En effet, on désignait ces deux formes de musique jamaïcaine par la principale maison de disques qui la distribuait en Angleterre. Parmi les figures de proue du rocksteady, mentionnons The Wailers, The Pioneers (avec John Holt) et The Melodians.

Reggae («early reggae» | «skinhead reggae»)

Selon la légende, le terme «reggae» fut inventé par le producteur Clancy Eccles, quoique la paternité du terme soit contestée. Plus rapide que le rocksteady, mais moins frénétique que le ska, le son reggae était le produit d'une évolution technologique, l'enregistrement multi-pistes, et d'une nouvelle génération de producteurs tels que Lee Perry, King Tubby et Bunny Lee. On a mis de l'avant une ligne de basse percutante et des percussions inspirées de la tradition africaine (kumina).

L'écurie Trojan Records importait des pistes de la Jamaïque, les remixait en Angleterre pour la radiodiffusion (remportant un succès phénoménal entre 1969 et 1976 avec Dave and Ansel Collins, Ken Boothe et John Holt) alors que Studio One de Coxsone Dodd devenait l'équivalent jamaïcain de Motown!

Les termes «early reggae» et «skinhead reggae» (en Angleterre) sont aujourd'hui utilisés pour distinguer ce type de musique jamaïcaine du reggea roots. Les noms à retenir sont Toots and The Maytals, Lee Perry (avec les Upsetters), Jimmy Cliff et The Wailers.

Roots Reggae (Roots Rock Reggae)

Le reggae roots est une réponse aux conflits entre les deux parties politiques rivaux en Jamaïque, lesquels avaient des répercussions néfastes sur la classe ouvrière. Avec des textes engagés et une nouvelle approche rythmique dotée d'encore plus de basses fréquences, le reggae roots est né de la rencontre entre le trio vocal The Wailers (Bob Marley, Peter Tosh et Bunny Wailer), la section rythmique formée des frères Carlton et Aston Barrett et du producteur Lee Perry. Ensemble, la formation s'est métamorphosée: le trio vocal a évolué pour devenir la force la plus puissante du reggae, influençant tout ce qui est arrivé par la suite, dont Culture, Mighty Diamonds, Johnny Clarke et Black Uhuru.

Le roots reggae est enraciné dans la culture rastafari, alors que le ska, le rocksteady et le early reggae étaient davantage une expression de la culture rude boy (en Jamaïque), mod et skinhead (en Angleterre).

Avec la réalisation de l'album Catch A Fire en 1972, la musique reggae n'était dorénavant plus confinée à Kingston, Jamaïque, ou Kingston, Surrey… Les chansons de Bob Marley allaient faire le tour du monde!

Dub

Osbourne Ruddock, alias King Tubby, était ingénieur de son au studio de Duke Reid lorsqu'il a commencé à produire des acétates (des épreuves de disques vinyles aussi appelé «dub plates») en y retirant la voix pour les tourner dans les sonos mobiles. L'idée était d'offrir aux adeptes des sonos mobiles différentes versions des chansons qui suscitaient le plus d'enthousiasme sur les pistes de danse.

Éventuellement, ces remix sont devenus de plus en plus élaborés, avec de l'écho, des effets déphasés et du bruitage, culminant avec l'environnement sonore déjanté de Prince Jammy, Scientist, Lee Perry, Augustus Pablo, Keith Hudson et King Tubby lui-même.

Toasting

Avec les versions dub dépourvues de voix, des disc-jockeys tels que Edwart Beckford, alias U Roy, ont commencé à remplir l'espace laissé vacant avec leurs propres voix, ajoutant du scat ça-et-là et beuglant en argot jusqu'à ce que le public devienne complètement cinglé. Des toasters tels que Big Youth, I-Roy et Dillinger ont enregistré leurs propres disques, souvent en échantillonnant la section rythmique (le riddim) de chansons existantes, pavant la voie du dancehall et du hip hop.

Lovers Rock

Le Royaume-Uni était le seul marché d'importance pour la musique reggae à l'extérieur de la Jamaïque. Avec le Lovers Rock, du nom d'une maison de disques de Londres qui produisait la musique, l'Angleterre a restitué une musique plus soul et plus douce que le early reggae des rude boys et moins afrocentristes que le roots reggae. Le Lovers Rock donne plus de place aux harmonies vocales, aux cuivres et à l'orgue, le tout appuyé par une ligne de basse soutenue.

Bien que le Lovers Rock ait débuté en Grande-Bretagne au milieu des années soixante-dix, ce style a eu du succès en Jamaïque, où Dennis Brown en était le roi incontesté. Mentionnons aussi, dans le désordre, des noms tels que Gregory Isaacs, Janet Kay, Johnny Clarke, Maxi Priest, Sugar Minott et Caroll Thompson.

Dancehall

Au tournant des années quatre-vingt, le reggae retourne à ses racines, aux sonos mobiles, avec une préférence pour la musique enregistrée plutôt que les performances scéniques. Des chanteurs tels que Sugar Minott, Frankie Paul et Barrington Levy chantaient avec comme accompagnement des acétates de musique préenregistrée.

Graduellement, les revendications politiques et africaniste furent évacuées pour être remplacées par des récits d'exploits sexuels ou d'adulation de la violence. La musique dancehall — et non dance hall, qui désigne plutôt l'endroit où l'on danse et où se produisent les sonos mobiles — a littéralement donné naissance au hip hop.

Rub-a-dub

Le rub-a-dub est un genre musical jamaïcain né vers la fin des années soixante-dix. Le rub-a-dub est une variante du reggae dont la structure est constituée par la section rythmique (basse et batterie). À cette section rythmique peut s'ajouter parfois un orgue et un off beat à la guitare. La création de ce genre, probablement apparu dans les sonos mobiles, est parfois attribuée à Sly and Robbie (duo basse et batterie). C'est ni plus ni moins la version acoustique du dancehall. Le rub-a-dub a donné naissance au drum'n' bass en Angleterre. Les artistes représentatifs sont entre autres Barrington Levy, Dennis Brown, Lone Ranger, Eek-A-Mouse, Yellowman et JFK and The Conspirators.

Raggamuffin

Basé sur le rythme Sleng Teng (le premier riddim entièrement numérique de la musique jamaïcaine), tiré d'une chanson de Wayne Smith, le raggamuffin est une musique dure, rapide et injurieuse, tout comme ses protagonistes d'ailleurs. Des artistes tels que Shabba Ranks, Beenie Man et Bounty Killer débitent des récits défiant la rectitude politique et faisant l'apologie de la violence sur des rythmes électroniques, influençant ainsi le hip hop naissant. Le ragga constitue, par opposition au rub-a-dub, la version électronique du dancehall.

One Drop (Nu Roots)

Au milieu des années quatre-vingt-dix, le dancehall, après s'être égaré avec le raggamuffin, retourne à une musique instrumentale et une approche philosophique d'inspiration rasta, avec plus d'importance donnée aux textes. Ce nouveau dancehall acoustique qui prône des valeurs de justice sociale est ainsi nommé nu roots ou one drop.

Précisons que le terme «One Drop» désignait à l'époque un rythme qu'affectionnait particulièrement les Wailers. Aujourd'hui, le terme générique «reggae» englobe la plupart des rythmes jamaïcains, qu'ils soient ska, rocksteady, one drop, flying cymbal, rockers ou reggae à proprement parler, de la même façon que le terme «salsa» englobe aujourd'hui la plupart des musiques latines: merengue, samba, bossa nova ou salsa à proprement parler.

Reggaeton (ragga-soca)

Le reggaeton (aussi épelé Raggaetón) est une musique urbaine originaire de Panama qui a connu un succès foudroyant à Puerto Rico. Le reggaeton mélange les influences de la musique jamaïcaine (reggae, dub, dancehall) avec celles des autres musiques antillaises: bomba, plena, merengue.

Le reggaeton n'est pas simplement du hip hop hispanique, c'est une forme de musique typiquement antillaise, avec ses propres rythmes et références culturelles. Le style est principalement basé sur le riddim Dem Bow de Shabba Ranks.

Riddim

Un riddim est une séquence musicale formant la base d'une chanson, tel un échantillon réutilisé à maintes reprises. Le chanteur pose sa voix sur le riddim, souvent constitué d'une série de mesures à la basse ou au clavier. Le terme «riddim» provient du patois jamaïcain. C'est est une déformation de l'anglais «rhythm». Le riddim est traditionnellement nommé par le titre du premier morceau à l'utiliser, par exemple, Sleng Teng et Dem Bow.

Riff

Un riff désigne une courte phrase mélodico-rythmique dont l'aspect rythmique a généralement plus d'importance que l'aspect mélodique. C'est souvent, mais pas exclusivement, une progression d'accords. La répétition d'un riff, c'est-à-dire d'une série de mesures, sert d'appui au chant et aux solos. Les riffs de guitare ou de basse sont parfois échantillonnés par les artistes de dancehall ou de hip hop, des groupes tels que N.W.A. et Public Ennemy ayant pratiquement échantillonné l'œuvre entière de James Brown!

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Histoire

Éthiopie

L'Histoire du Reggae

Jamaïque

Prince Buster

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Angleterre

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États-Unis

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Canada

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