Volume 9, numéro 6 — Juin 2009

Les Colocs

Entrevue posthume avec Dédé Fortin

Grâce aux archives radiophoniques, Radio-Canada présente une entrevue posthume entre le chanteur André «Dédé» Fortin, des Colocs, et Jim Corcoran, qui a été son voisin.

Corcoran était le voisin de Fortin sur la rue Rachel. Grâce à la magie du montage, il peut enfin terminer les conversations qu'il a rarement eu le temps de finir avec le chanteur des Colocs. Ceci donne lieu à une rencontre joyeuse qui nous montre un Dédé plein de vie, la tête remplie de projets. Il plonge tantôt dans ses souvenirs d'enfance, à la ferme familiale au Lac-Saint-Jean, tantôt dans ses certitudes, ses inquiétudes. Il parle de ce qui le motive à écrire et de l'influence du reggae sur sa musique.

D'un extrême a l'autre…

André Fortin était peut-être chimiquement fait pour la fête, mais il portait en lui une profonde tristesse: On n'a pas dit qu'on était un groupe de party, moi, j'étais bien sérieux, c'était au premier degré. Il y a un double message entre la musique festive et les paroles plus graves de Fortin. D'ailleurs, pour le premier album, l'illustrateur a reçu les textes sans recevoir la musique, il a fait une pochette sombre. On peut se sentir prisonnier de n'importe quelle étiquette si on a le goût de naviguer. L'important, c'est le résultat, pas le genre de musique.

Bien sûr, sur scène, c'était autre chose: Au début, on ne pouvait pas se présenter sérieusement. On jouait de la musique pour s'amuser. On jouait les chansons en show un peu croche, mais avec bien de la volonté. C'était aussi en réaction à ce que Fortin percevait à l'époque en ce qui concerne l'emballage de certains spectacles, de groupes totalement obscurs qui se présentaient comme s'ils avaient un long parcours: La surproduction de plusieurs groupes créait des déceptions. J'ai voulu faire l'inverse, se présenter comme des “goofy”, mais avoir des bonnes tunes, des bons textes.

Corcoran remarque l'indignation contre le confort et l'indifférence dans les chansons de Fortin, qui acquiesce: Je n'ai pas fait de longue analyse, mais c'est un moteur. Une chanson, c'est parler fort, c'est une prise de parole.

Au sujet de la vision cinématographique de sa musique, Fortin voit un parallèle entre le cinéma et la chanson: Le goût de raconter des histoires. D'ailleurs, plusieurs de ses chansons sont nées lorsqu'il travaillait comme vidéaste: En revenant d'un voyage pour le tournage d'un documentaire de Michel Vézina, Singing Bridges, sur les artistes underground des États-Unis, j'avais les idées de chanson, de mise en scène.

Il a aussi eu l'idée de «Passe-moé la puck» alors qu'il était monteur pour un bulletin de nouvelles télévisé et «Belzébuth», c'était en fait un projet de film d'animation qu'il n'a jamais réalisé, un projet finalement achevé par Jean-Philippe Duval dans le film Dédé à travers les brumes.

L'influence du reggae

Lorsqu'on affirme que Les Colocs ont ouvert des portes pour d'autres groupes au Québec, Fortin nuance: D'autres étaient là avant, mais les Colocs ont sorti l'album et c'a tourné à la radio. Me Mom & Morgentaler, par exemple, avait une attitude semblable à la nôtre sur scène, et c'est plus vieux que Les Colocs… On a été influencé par plusieurs groupes. Parce que nos chansons ont beaucoup joué à la radio, on dit que c'est nous qui avons ouvert la brèche, mais je ne pense pas, y'a des mouvements qui sont là avant. C'est pas une seule personne ou un groupe qui part le mouvement, mais plusieurs.

Les Colocs n'ont jamais eu peur de mélanger les styles: rockabilly, bluegrass, country folk, rock, ska, jazz, avec de la claquette à l'occasion. En Europe, Dédé Fortin s'est laissé influencer par toutes sortes de choses. En Suisse, on a joué l'après-midi sur la même scène que Jimmy Cliff. J'avais un vinyle de Jimmy Cliff, mais je pensais qu'il ne faisait plus de spectacles. Le soir, j'ai écouté le spectacle dans les coulisses, j'avais le mix du batteur dans les oreilles. Après ce spectacle, je me suis dit, je veux jouer du reggae.

Les gars des Colocs aimaient tous les styles, ils n'ont jamais eu peur d'élargir leur registre, surtout lorsqu'un genre particulier permettait de mieux exprimer les thèmes abordés dans une chanson. Et puis, comme le fait remarquer Dédé avec justesse: On peut danser et réfléchir en même temps. Il cite l'exemple de Bob Marley: Sa musique est peut-être ensoleillée, mais une chanson comme “Four Hundred Years” parle de la situation pénible en Jamaïque…

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