Histoire de la musique SKA

Historique: Jamaïque

La genèse du ska

Où l'histoire de la musique ska a-t-elle commencé? Sur une île située au milieu des Antilles: la Jamaïque.

Dès le début des années quarante, les insulaires ont adopté et adapté plusieurs styles de musique américains.

En 1954, le jazz débarquait à Kingston au Ward Theatre. Vers la fin des années cinquante, les influences jazz, rhythm and blues (R&B) et mento (un style de calypso) ont été amalgamées dans un nouveau style appelé shuffle, l'ancêtre du ska.

Quelle était la première vague? Et comment a-t-elle commencé? Au début des années soixante, la Jamaïque était en voie d'obtenir son indépendance du Commonwealth britannique. L'esprit nationaliste d'émancipation était fort, et les musiciens de l'île cherchaient un nouveau son distinctivement jamaïcain.

Vu les conditions difficiles auxquelles étaient confrontés les travailleurs et les habitants des infâmes ghettos de Trenchtown, ils se sont mis à la recherche d'un style édifiant et énergisant pour que les gens puissent sourire — et danser — devant l'adversité.

Qu'est-ce que le ska?

Le ska est constitué d'éléments R&B et jazz américains (des artistes comme Count Basie et Woody Herman pouvaient s'entendre sur l'île grâce aux réseaux américains de radio ondes courtes), calypso (une danse à deux temps originaire de Trinidad) et mento, un dérivé du calypso doté d'une rythmique swing.

Caractérisé par un jeu de guitare upbeat à contre-temps et par une batterie qui donne le cadence à deux-quatre temps, le ska a un rythme particulièrement syncopé.

Certains pensent que le nom «ska» vient du son que produit le jeu levé de guitare rythmique à contre-temps. Cependant, Tommy McCook, joueur de saxophone ténor du groupe The Skatalites, affirme que le nom est né quand son groupe a choisi son nom: Quelqu'un a dit “Satellites” et j'ai répondu non: Skatalites, parce que nous jouons du ska.

Les pionniers

La formation The Skatalites allait devenir l'archétype du ska et continue aujourd'hui d'influencer une pléiade d'artistes par leurs disques et leurs spectacles énergiques.

Prince Buster

En dépit de la qualité d'enregistrement mono, la détermination et l'enthousiasme des musiciens ont permis au ska de rapidement devenir la première musique jamaïcaine réellement commerciale. De fait, le ska fut plus tard reconnu comme la danse et la musique traditionnelle de la Jamaïque.

Les premières étiquettes

Plus que quiconque, deux hommes peuvent être remerciés pour avoir popularisé le nouveau son: Clement «Coxsone» Dodd et l'ancien policier Duke Reid, mieux connu sous le sobriquet Trojan, qu'il a acquis de son camion de cette marque. Dodd et Reid tenaient un magasin de vins et spiritueux à Kingston, et ils jouaient de la musique pour attirer les clients à l'intérieur. Cela les a menés à installer des chaînes stéréo mobiles qui pouvaient être utilisées dans les soirées de danse retentissantes dans la rue… Quelque temps plus tard, ils pressaient leurs premiers disques.

Dès le milieu des années soixante, Dodd dirigeait les étiquettes Coxsone et Studio One, alors que Reid était l'homme derrière Treasure Isle et Trojan, peut-être la plus fameuse des maisons de disque jamaïcaines à l'extérieur de la Jamaïque. En effet, Trojan fut l'étiquette qui a procuré quelques-uns des plus grands succès, y compris «Long Shot Kick De Bucket», de Pioneers, «Miss Jamaica», de Jimmy Cliff et «Return of Django», des Upsetters.

En outre, il faut bien entendu remercier le grand nombre d'immigrants jamaïcains grâce auxquels le ska a traversé l'Atlantique jusqu'en Angleterre.

L'influence des Rude Boys

Le ska a régné en Jamaïque pendant une période d'environ quatre ans, mais l'optimisme qui a suivi l'indépendance n'a pas duré longtemps. Les jeunes Jamaïcains, dont la situation économique était encore plus désespérée, se sont aperçus qu'il n'y avait pas de travail pour eux.

Des adolescents aliénés ont commencé à s'amener dans les soirées pour décharger leur hostilité sur les invités. Ils sont devenus connus sous l'appellation rude boys, et les musiciens ont tenté de les apaiser en célébrant la mémoire de leurs rixes dans les chansons («Rudy. A Message To You», de Dandy Livingstone, est un exemple parmi d'autres). La façon dont les rude boys dansaient le ska était assez différente: des mouvements plus lents et une posture menaçante.

C'est dans cette période d'agitation qu'un groupe comme The Wailers (Bob Marley, Peter Tosh et Bunny Wailer), dont les membres se disaient eux-mêmes rudies, a signé son premier contrat d'enregistrement.

La thématique des rude boys a continué d'influencer les artistes ska de cette période pour atteindre son apogée durant l'été brûlant de 1964: l'upbeat ska s'est alors mis à ralentir, et le rocksteady est né. Plus tard, le rocksteady a pavé la voie au reggae.

En Jamaïque comme en Angleterre, la première vague de ska a duré jusqu'en 1968. Le ska fut éclipsé par les nouveaux styles qu'il a engendrés. Le rocksteady a une tout autre histoire: il a plus tard évolué vers le reggae, puis vers le dub, le dancehall, etc.

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